Mumford & Sons: le retour qui fâche

post 1 A« Eh, Mumford & Sons ont sorti leur nouveau single! » me whatsapp’ ma sœur lundi passé. Mon cœur bondit jusque dans mes omoplates. Bon, j’exagère peut-être un chouïa. Mais il faut savoir que je suis avidement, depuis plusieurs années, les actualités de Mumford & Sons comme une vraie groupie (sans les posters au-dessus du lit, parce qu’une fois passé 15 ans, ça ne le fait plus).

« Mumford quoi ? » me répondront certains. Le nom ne vous dit peut-être rien, mais si je vous chantonnais le refrain de leur plus grand hit « I will wait, I will wait for you », vous hocheriez sûrement la tête d’un air entendu. Ce groupe de quatre Gentlemen anglais (aux doux noms de Marcus, Ben, Ted et Winston) fait un carton depuis 2009 en dépoussiérant la musique folk et la remettant au goût du jour. Leur premier album, « Sigh No More », est un savant mélange acoustique de contrebasse, banjo et d’harmonies vocales rugissantes. Une formule qui leur a permis de décrocher deux prix aux British Awards et faire danser les foules des plus grands festivals internationaux (moi y compris).

Après un deuxième disque et une pause de plus d’un an, voilà que ces Englishmen sortent de leur torpeur londonienne pour annoncer la sortie d’un troisième opus. Que nous réservaient-ils donc sous leurs trenchcoats pendant tout ce temps? Eh bien : un choc. Car ce nouveau single, «Believe», est aux antipodes de ce qu’on leur connaissait. C’est comme commander un bon vieux Earl Grey et recevoir un Chai Latte. Les yeux s’écarquillent puis se plissent. Les premiers accords sont flous, électroniques. Le banjo a disparu et a laissé place à un riff de guitare électrique. L’acoustique déroule le tapis à la postproduction. Même les paroles semblent trop simplistes. Post 1 B « Oh no, not another Coldplay ! » Les fans ne sont pas ravis et le font savoir en masse sur la page Facebook du groupe. On lui reproche de s’être « vendu » à la pop et d’avoir perdu ses racines folk en chemin. Quant à moi, je n’en mène pas large. Mais où sont passées les cordes sèches, les rythmes tambourinants, l’authenticité presque rustique qui me capturaient à chaque fois? Sans réfléchir, je sens mes doigts qui s’agitent et postent un commentaire dépité. Comme tous les autres, je réagis sous le coup de l’émotion : comme l’impression d’avoir perdu un vieux compagnon de route et sa dégaine rassurante.

Pourtant, après plusieurs écoutes, je relativise. Oui, c’est différent. Mais la bonne vieille recette de pudding à la Mumford pouvait-elle vraiment prendre une troisième fois? Pas sûr. Plusieurs critiques, moqueurs, avaient relevé une certaine répétition dans la construction des morceaux. Surtout, le groupe lui-même ressentait le picotement du changement, si l’on en croit l’interview donnée récemment au magazine Rolling Stone. Rien de pire que des musiciens lassés par leur propre son.

Tout compte fait, c’était plutôt courageux de vouloir se réinventer et bousculer le public plutôt que de se reposer sur une formule qui marche (et rapporte). Et si la magie du banjo n’opère plus, le timbre envoûtant de Marcus Mumford n’a, lui, pas perdu de sa superbe. Flûte, on devrait quand même leur laisser le bénéfice du doute. Qui sait, peut-être que l’un des onze autres titres de l’album à venir saura nous séduire à nouveau. Réponse le 4 mai prochain…

« I don’t even know if I believe », chante Marcus. Moi non plus. Mais une chose est sûre, je vais tout faire pour essayer.

Virginie