Galanterie, entre sexisme et tradition

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La scène est familière, presque banale : une jeune femme s’approche de la portière du taxi. L’homme qui l’accompagne l’arrête, tire la poignée puis, d’un geste de la main, l’invite à s’installer sur la banquette usée. Elle le remercie d’un sourire gracieux. «La soirée s’est très bien passée. En plus, il est super galant ! », peut-on déjà entendre piailler ladite demoiselle au téléphone le lendemain matin.

C’est un fait (et même si certaines se plaignent du contraire) : la galanterie est encore d’actualité. Lors d’un premier rendez-vous, sur le quai de gare ou encore à la caisse de la Migros, les hommes laissent passer, ouvrent les portes, tiennent les sacs à main et tendent les manteaux. Une pratique acceptée et même largement valorisée par ces dames, mais aussi par ces messieurs qui se targuent de la « bonne éducation » héritée de leur maman. Des comportements en apparence anodins, certes, mais qui font néanmoins polémique : des voix s’élèvent régulièrement pour dénoncer les gestes galants, car ceux-ci contribueraient à perpétuer le cliché du « sexe faible » et, avec lui, les inégalités de genres.

Le mois dernier encore, une étude américaine publiée par le Daily Mail démontrait la présence, chez les hommes galants, d’un certain sexisme dit « bienveillant ». Plus subtils que les francs misogynes, ces sexistes bienveillants considéreraient l’être féminin comme « pur », incompétent et vulnérable et le traiteraient en conséquence. Seraient concernés par cette accusation tous les hommes refusant de partager l’addition, appelant une femme par des petits noms (« ma chérie »…) ou ceux qui pensent que les femmes devraient être sauvées d’abord en cas de naufrage. IMG_0097 Le genre de discours à faire culpabiliser Kate Winslet (encore elle !) de s’être laissée flotter sur le radeau alors que le pauvre Leonardo coulait à pic. Ou n’importe quelle autre demoiselle qui apprécierait un peu trop les attentions de la gente masculine…moi la première. Oui, je l’avoue, cela m’arrive d’attendre que l’inconnu au complet gris me laisse entrer dans le wagon avant lui. Et j’apprécie qu’on me propose d’y hisser la valise que j’aurais (légèrement) trop chargée. Même si c’est un peu vieux jeu.

Parce qu’il faut le dire, l’origine de la galanterie remonte à Mathusalem, ou presque. On dit qu’elle est initiée par les ménestrels du XIIe siècle qui chantaient des louanges énamourées aux femmes de haut rang. On remonte carrément au temps des duels en armure et leur lot de princesses en détresse. Ce n’est pas pour rien que le terme de galanterie se traduit aussi par « chevalerie » en anglais ! (Fun fact : les hommes de l’époque auraient tenu la porte aux dames pour éviter de se faire attaquer en premier en cas de guet-apens. Moins romantique, je vous l’accorde). On est tout de même en droit de se poser la question si de telles traditions ont encore leur place au 21e siècle…

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(merci à Maxime pour la participation photo!)

Mais peut-être faudrait-il distinguer galanterie de galanterie. Selon mon Larousse écorné, il peut s’agir soit de la « politesse, courtoisie à l’égard des femmes », soit des « propos, compliments flatteurs adressés à une femme ». Je trouve cette nuance intéressante : la galanterie comme geste de civilité ou comme fine technique de séduction. Tout est une question d’intention.

À mon humble avis, la femme moderne ne devrait pas attendre de chaque homme qu’il la traite comme une poupée de porcelaine. Nous avons notre dignité (durement gagnée) et, qu’on se le dise, nous savons très bien comment enfiler notre blazer ou notre parka toute seule. Et il est évident que nous nous devons d’être, nous aussi, courtoises avec ceux qui croiseront notre chemin. Mais une femme ne vend pas pour autant son âme au diable lorsqu’elle accepte de se faire ouvrir la portière d’un taxi, si le gentleman en question souhaite simplement se montrer attentionné et prévenant. Et s’il se révèle être tout aussi poli avec n’importe quelle femme, jeune ou âgée, en couple ou non. En revanche, celui qui paiera l’addition pour se donner un petit air important ou pour se faire bien voir, je dis non. Non aussi aux courbettes et sourires séducteurs qui transpirent la condescendance paternaliste, merci bien. En somme, je crois que chacune est capable de sentir les tons et nuances que cache un geste galant, afin de réagir de manière appropriée. On appelle cela l’intuition féminine, je crois ?

 (Merci de votre lecture et n’hésitez-pas à partager votre opinion dans les commentaires!)

Virginie