Musique commerciale, musique infernale?

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«T’en penses quoi toi, de ce nouveau single? » « Ouais, c’est pas mal mais c’est un peu commercial, quoi… »

« C’est un peu commercial ». Entre nous, qui n’a jamais prononcé ce mot magique ? De préférence les sourcils haussés et une petite note de dédain dans la voix? Il y a fort à parier que les mordus de jazz, DJs en herbe ou même les fans de Beyoncé parmi vous répondraient par la négative.

Car l’appellation de « musique commerciale » est aujourd’hui dans toutes les bouches. On s’en sert pour évoquer un certain genre musical, en regroupant sous cette étiquette une série d’artistes plus ou moins aléatoire. Mais aussi comme critère pour évaluer ce que nous écoutons au quotidien : en règle générale, plus une chanson est qualifiée de « commerciale», plus elle sera jugée comme peu digne d’intérêt ou carrément mauvaise. Il faut dire qu’à l’heure où le rétro, l’atypique et l’underground sont à l’honneur (règne des hipsters oblige), « commercial » rime plus souvent avec « banal » que «génial». Mais qu’entendons-nous par-là, exactement ?

A priori, le terme signifie simplement qu’une musique « a trait au commerce ». Distinction plutôt futile, puisque la grande majorité des morceaux qui viennent flotter jusqu’à nos oreilles ont pour cela dû être financés, produits puis mis à notre disposition en échange de quelques billets verts. Le secteur musical est un business comme un autre avec son offre et sa demande, et il serait naïf de penser que nos artistes préférés puissent échapper à ce système.

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Le sens second (et plus péjoratif) de l’adjectif sous-entend qu’une musique a été conçue dans un but essentiellement lucratif. Faire du son qui plaît et qui vend, quitte à en négliger la qualité. Et bien qu’il n’y ait pas de formule qui marche à tous les coups, le recours à certaines techniques peut franchement aider: un beat rapide et répétitif, un refrain aux paroles simples et à plusieurs voix ou encore une suite d’accords en do majeur ont été évoqués comme les clés du succès commercial d’un titre (le Guardian soulignait dans un très bon article sur le sujet que, dans le classement des « 10 most successful songs of all time« , seul le tube « Gold Digger » de Kanye West offre des accords mineurs! A lire ici )

Des caractéristiques que l’on a en effet l’impression de retrouver, encore et encore, dans les morceaux « pop-formatés » qui passent en boucle sur les ondes. Une certaine facilité, voire manipulation du public par les producteurs qui peut agacer. Avec le risque d’une uniformisation tristounette du paysage musical en prime.

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Mais au-delà de l’irritation parfaitement justifiée, beaucoup semblent se complaire dans ce « commercial-shaming », parfois à outrance. Un abus de ce terme dans le but, bien souvent, de se donner l’air d’un fin connaisseur au regard faussement critique. Des morceaux qui sont largement diffusés par les stations de radio populaires sont-ils forcément ordinaires ou vulgaires? Je l’admets, il m’est arrivé d’espérer qu’un de mes artistes coup-de-coeur reste méconnu. De peur qu’il change son style, perde de son originalité pour plaire au plus grand nombre. Ou peut-être aussi par égoïsme parce qu’au fond, ça me plaît de siffloter une mélodie que peu ont savourée avant moi.

Pourtant, ce n’est pas parce qu’un musicien reçoit le succès espéré qu’il sera forcément « commercial » au sens péjoratif du terme. Michael Jackson, Coldplay, Stromaé ou même les Black Eyed Peas: autant d’artistes que l’on a vus, entendus et ré-entendus et qui ont offert un nouveau souffle à l’industrie musicale, avec un parti pris certain. Tout en produisant des sons agréables et faciles d’accès, car l’un n’empêche pas l’autre. Avouez-le, vous aussi vous avez déjà tapé du pied sur un « Papaoutai » ou chantonné le refrain de « Where is the love » en vous brossant les dents. Et il n’y a aucune honte à cela. Quand il révèle un talent et offre un bon moment, le commercial peut aussi devenir un régal.

Virginie