Escapade florentine

11136925_867967466582955_56010819_n« Où allez-vous ? » me demande l’inconnu dans le train. Je réponds « à Florence » et il s’esclaffe. « Vous êtes sûre que c’est une bonne idée ? Elle n’est pas en train de se faire submerger par un lagon, cette ville ? » Non Monsieur, ça c’est Venise. Heureusement, il a quand même rougi. C’était la moindre des choses. Impossible de confondre Florence avec une autre ville italienne (et surtout pas avec Venise…). Rayonnante d’une beauté renforcée par le temps, elle se distingue des autres avant tout par son atmosphère et par sa culture.

Voici un petit assemblage d’anecdotes et de bonnes adresses, progressivement dénichées par une habituée. Avertissement: il est fort probable qu’en lisant ces lignes, vous soyez saisis d’une furieuse et irresistible envie de pâtes carbonara. 

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L’art florentin a tant bouleversé au fil des siècles qu’il a donné lieu à un véritable syndrome, dit « de Stendhal ». C’est en sortant de la Basilique Santa Croce en 1817 que Stendhal fut saisi du vertige qui lui volera son nom. Il le décrivit par la suite comme un « battement de cœur » et une « crainte de tomber », provoqués par la fusion des Beaux Arts et des « sentiments passionnés. » Véritable mal psychosomatique, le syndrome de Stendhal (également appelé syndrome de Florence, histoire d’être plus direct) vient d’une trop soudaine exposition à des œuvres d’art. Submergée par cette vue, la victime se sent complètement tourneboulée et son rythme cardiaque s’accélère drastiquement. Guettez-le, ce vertige, lorsque vous entrerez dans les Cappelle Medicee pour la première fois, ou lorsque vous verrez Santa Maria Del Fiore de l’intérieur. À défaut de vous donner le tournis, il imprimera à jamais la vue de ces constructions magistrales sur votre rétine. (Anecdote à part, parler du « syndrome de Stendhal » à table, c’est molto chic.)

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Avant tout, parlons logistique. Et il n’y a pas vraiment d’excuse valable lorsqu’il s’agit de Florence: quelques heures de train suffisent pour se rendre dans la ville de Dante Alighieri. La ligne directe reliant Genève à Milano Centrale (avec un arrêt à Rho Fiera Milano où se déroule l’Expo 2015, du 1er mai jusqu’au 31 octobre 2015) facilite grandement le voyage. Depuis Milano Centrale, un train à grande vitesse vous mène directement à la gare de Firenze Santa Maria Novella, en plein centre-ville. Il est également possible de prendre l’avion depuis les aéroports de Genève et de Zurich.

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Florence est si ancienne, si remplie d’histoire qu’elle-même ne se souvient pas très bien de tous les grands noms qui ont foulé ses pavés. À chaque coin de rue, à l’angle de chaque bâtiment, un sceau, une gravure, une statue, quelque chose d’intemporel. Ainsi, se promener dans la ville, appareil photo en mains, semble déjà être une expérience suffisamment enrichissante: il y a tellement de bâtiments splendides qu’il semble impossible de tous les visiter de l’intérieur, à moins d’avoir prévu deux semaines d’exploration. Toutefois, quelques-uns sont absolument indispensables.

Hormis la classique traversée du Ponte Vecchio et les photos prises sur la Piazza della Signoria, ne manquez surtout pas la basilique Santa Croce pour les oeuvres de Brunelleschi et de Donatello, ainsi que pour les sépultures des illustres Galilée, Machiavel ou encore Michelangelo. Ne manquez pas non plus la Galleria degli Uffizzi pour vous émerveiller devant La Naissance de Venus de Botticelli. La Galleria dell’Academia pour contempler la finesse des traits et la tension musculaire de l’authentique Davide de Michelangelo. (Attention cependant à réserver vos entrées à l’avance.) Buvez un café tout en haut du centre commercial « La Rinascente » pour profiter d’une vue splendide sur la coupole de Brunelleschi. Visitez les époustouflantes Cappelle Medicee et guettez les symptômes du syndrome de Stendhal. Arrêtez-vous pour manger au Mercato Centrale, un beau marché aménagé dans une immense salle qui propose des stands de produits typiques. Et enfin, cherchez le Porcellino, une petite fontaine à l’effigie d’un sanglier. Touchez son museau et faites un vœu. Il paraît qu’il se réalisera.

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Lors d’une escapade florentine, une énorme quantité de souvenirs se fait à table. Les italiens aiment parler de ce qu’ils ont mangé et y consacrent un temps considérable. Aussi déclinent-ils leurs repas en trois parties: l’Antipasto, l’entrée, il Primo Piatto généralement constitué de pâtes et il Secondo Piatto. Les pâtes sont toujours les reines de l’assiette, si bien qu’on leur consacre un moment privilégié du repas qui précède viande et légumes. (L’idée de marier fusilli et cordon bleu dans la même assiette scandaliserait n’importe quel italien qui se respecte.)  Ne rentrez pas chez vous avant d’avoir goûté les pâtes nommées « pici » et la « bistecca fiorentina » et essayez absolument le vin rouge Brusciato qui est, à mon sens, une véritable petite merveille. Ah, et je devrais certainement ajouter que j’ai entendu plusieurs florentins décrire la pizza de chez Obica comme la meilleure qu’ils aient jamais mangée. Celles du Mercato Centrale sont également excellentes.

Notre meilleure adresse

Casa Gala 

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©Casa Gala – Photos by Giulia Baronti

Tout en haut de la colline qui surplombe la ville de Montecatini Terme (où s’est éteint le grand Christian Dior) se trouve un restaurant Bed&Breakfast nommé Casa Gala.  Rien que le nom est rempli d’histoire : Gala était le prénom de l’épouse de Salvador Dali, une femme au goût raffiné dont le tableau de chasse comptait également Paul Éluard et Max Ernst. Mais c’est surtout le nom du petit carlin des propriétaires du B&B.

L’été, la terrasse de Casa Gala est animée de rires jusqu’à très tard dans la nuit. On y entend parler toutes les langues, sauf le mercredi, car une fois par semaine le subjuguant saxophone fait taire d’admiration les touristes comme les locaux. Vous savez, ces restaurants des films tournés dans une Toscane romantisée au possible? Avec cette lumière dorée des fins de soirée, le chant des criquets dans les cyprès, des assiettes de pâtes colorées et des verres de vin bombés ? Le genre d’endroit où le propriétaire ne vous presse pas, vous propose un plaid s’il vous voit frissonner, vient vous expliquer le menu et vous conseille sur le choix des vins ? Ça existe. Vous y êtes.

Venez le mercredi pour la voix feutrée et le saxophone endiablé des musiciens live. Et venez n’importe quel autre soir pour rester à table pendant des heures, à la lueur des bougies. C’est un autre monde en réalité, une ambiance authentique que d’autres restaurants de la région ont en vain tenté d’imiter. Chacune des huit chambres d’hôtel a été décorée dans un style différent (Toscana, Maria Antonietta, Camera del Bosco, Shabby Chic…) – et le matin vous attendent des petits croissants encore chauds, saupoudrés de sucre, accompagnés d’un cappuccino.

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À ne surtout pas manquer: La musique live des mercredi soirs, le Gran Piatto di Gala (un festival de charcuteries et de fromages de la région, servi en entrée et contenant notamment ce que je considère comme le meilleur jambon fumé sur Terre), le Tiramisu en dessert et bon verre de « Spritz » pour l’apéritif. Pour être honnête, j’ai cherché très longtemps un point négatif à ce Bed&Breakfast, histoire de nuancer un peu, mais je n’ai absolument rien trouvé. Un véritable coin de paradis. Foncez, avant qu’ils ne soient pleins!

Ellen