Youtube: voyages par procuration

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Prendre son sac à dos, son passeport (et sa crème solaire, pour les grains de peau délicats) puis s’envoler, sans réfléchir. Direction: les Piña coladas portoricaines, les majestueuses steppes de Mongolie ou simplement…ailleurs.

On a tous dans un coin de la tête des envies de voyage, de découverte, de cartes postales et d’aventure. Qu’il s’agisse de l’explorateur à la Indiana Jones ou du simple backpacker type guide du Routard, le globe-trotter sillonnant les continents fait toujours rêver. Sauf que, vie d’adulte « responsable » oblige, nous sommes trop souvent coincés au sol par nos obligations, nos 4 semaines de vacances par an ou nos portemonnaies maigrichons (trop d’achats sur Etsy, avouez-le) pour partir en mode spontané. C’est raté pour les Piña coladas.

Une frustration que l’on tente de combler comme on peut, à coups de documentaires sur la faune malgache ou de calendriers « spécial îles désertes» accrochés au-dessus du bureau. Mais une autre tendance, venue tout droit de la célèbre plateforme Youtube, se développe à vitesse grand V et séduit de plus en plus d’internautes: ces jeunes gens qui, embarquant une petite caméra dans leurs valises, se filment durant leurs voyages autour du globe et postent chaque jour, sur le site, les vidéos savamment éditées. On peut ainsi les suivre dans tous leurs déplacements, de l’aéroport au hublot, du café au centre-ville, de la plage à l’ascenseur de l’hôtel.

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Facebook/funforlouis

L’un des plus connus (et mon personal favourite) est Louis Cole, alias Funforlouis. Cet Anglais de 32 ans, originaire de Surrey (dans la région de Londres) est un sacré phénomène. Ses débuts sur Youtube (alors sous le nom de Foodforlouis) se résument à des vidéos de lui mangeant tout un tas de trucs bizarres et répugnants, comme des pattes de tarentule ou un lapin mort sur la route, préalablement dépecé à la main (ceci n’est pas une blague). Il finira par être attaqué par une association de défense des animaux pour avoir englouti un poisson rouge vivant devant la caméra. Avec raison, sans doute (qui sait ce que la pauvre bête aura enduré en sombrant dans son œsophage).

Mais depuis, Louis a changé de cap et adopté la casquette de daily vlogger en vadrouille. Sa chaîne compte aujourd’hui plus d’un million d’abonnés qui se connectent quotidiennement pour suivre ses aventures ébouriffantes aux quatre coins du globe. Tout cela dans la bonne humeur et le flegme qui le caractérisent. Chaque vidéo, d’une dizaine de minutes environ, commence avec une petite introduction envoyée par un internaute et se termine lorsque Louis énonce son désormais mythique dicton: « peace out, enjoy life, live the adventure » (suivi d’un coup de poing affectueux à la caméra). Entre les deux, des instants de vie, capturés dans des lieux où je n’ai jamais mis les pieds. Il faut dire que Louis voyage plus en une année que je ne le ferai probablement jamais dans ma vie entière (il a rempli les pages de son passeport en quelques mois). Un petit aperçu:

Regarder ses vlogs, c’est un peu l’accompagner dans ses aventures, profiter de ses conseils ou juste s’inspirer pour de futures vacances. Et au-delà de la découverte de lieux magiques et d’une qualité d’image impressionnante, c’est aussi le personnage qui en devient attachant. Au fil des jours, on aurait presque l’impression de le connaître, son entourage, son obsession pour le café, son talent pour le pennyboarding… Evidemment, il est un peu étrange de se dire que Louis, lui, ne nous connaît ni d’Ève ni d’Adam. Un peu intrusif, presque? Il n’en reste que ces dix minutes sont celles que le Youtubeur veut bien nous laisser entrevoir, et on sent une maîtrise parfaite des contenus. Ce qui n’empêche que chaque vidéo du jeune homme s’accompagne de centaines de commentaires des abonnés qui décryptent, commentent et parfois critiquent ses faits et gestes.

Bien entendu, ces expéditions gargantuesques coûtent cher et rares sont ceux qui parviennent, comme Louis, à les financer par le seul nombre de clics sur leurs vidéos. Cet Anglais aux dreadlocks se voit même régulièrement offrir des nuits en hôtels 5 étoiles, au vu de la publicité qu’il peut leur apporter en filmant sa chambre. Mais déjà quelques Youtubeurs, à l’instar du kayakiste Ben Brown ou de la Canadienne Kristen Sarah, le talonnent sur la scène montante du nomadisme digital. Alors, en attendant que votre patron ne vous laisse vous échapper un week-end à Copenhague ou Marrakech, un petit tour sur Youtube vous donnera peut-être, pour quelques minutes, l’impression agréable de voyager. Ou la furieuse envie d’un tartare de poisson rouge.

Virginie