Des groupies à la sauce 2015

IMG_0507

A la fin du mois de mai, une copine m’a demandé de l’accompagner pour un petit voyage dans le temps.

J’ai accepté, non sans une certaine appréhension. Faire un bond en arrière, c’est bien joli, mais me sentirai-je à ma place dans ce monde qui n’est plus vraiment le mien ? Qu’importe. Nous avons bravé les bouchons et nous sommes rendues, vaillamment, au Zénith de Paris pour assister au concert des 5 Seconds of Summer.

5 Seconds of quoi ? Pas de panique. Si ce nom ne vous dit rien, c’est qu’il n’est pas de votre génération à vous non plus. Je vous briefe rapidement : ce groupe de musique pop-rock, composé de quatre jeunes Australiens, incarne la nouvelle coqueluche des ados. Révélés par un tweet des One Direction (ça plante le décor), ces têtes d’ange ont vu leur popularité exploser en quelques mois, volant presque la vedette à Harry Styles et ses bouclettes. Leur premier album, un enchaînement de titres punk-sirupeux, atteignait l’an passé le top des ventes dans une dizaine de pays. Tout comme leur tournée, qui remplit les plus grandes salles de Milan, Sydney…

…et de Paris. C’est donc sans surprise que nous avons retrouvé un Zénith plein à craquer, où 6000 demoiselles, excitées comme des fourmis devant un pot de confiture, grouillaient à l’idée de voir Luke, Ashton, Michael et Callum pour la première fois. Vu l’importance de l’évènement, elles sont venues équipées : pancartes, joues maquillées et look étudié de rockeuses-rebelles (et son festival de chemises à carreaux, bandanas et autres jeans déchirés).

Les 5SOS (prononcé « faïve sauce » à la française, un poil moins glamour) ont beau refuser le titre de boyband à minettes, il n’empêche que le nombre de garçons au mètre carré est proche de zéro. Quant aux courageux parents venus accompagner leur progéniture, ils tentent de faire bonne figure (spéciale dédicace à ce papa, bras croisés pendant l’entier du concert, qui s’est tout de même surpris à dodeliner de la tête sur la reprise de « Highway to Hell ». Probablement la seule qu’il connaissait).

20150522_213456

20150522_214350

Difficile de ne pas sourire devant ces chuchotements impatients et ces visages fébriles. Comme l’impression d’avoir bidouillé la machine à remonter le temps et de m’être expédiée quelques années en arrière. Parce qu’elle n’est pas si loin l’époque où, dans une autre salle et devant un autre chanteur pour ados, c’était moi la groupie qui avait du mal à contenir son excitation. Dites-moi que je ne suis pas la seule à avoir découpé photos et articles de journal, appris des chansons par cœur et rêvé d’obtenir des pass backstage pour rencontrer l’Idole avec un grand « i ». C’est un petit flash de nostalgie qui crépite devant moi, et avec lui le sentiment d’avoir, sans trop savoir quand ni comment, irrémédiablement vieilli.

Je suis rapidement tirée de ma rêverie par mes charmantes voisines qui, appareil à selfie au poing, se mettent soudainement à glapir. Des cris tellement stridents qu’on croirait entendre le coup de sifflet d’un prof de gym tyrannique (j’ai craint, pendant quelques secondes, d’être condamnée à un acouphène irréversible). Ça y est, les Australiens sont sous les feux des projecteurs.

20150522_222656

Une fois en piste, il faut l’avouer, les 5SOS ne se débrouillent pas si mal. Ils chantent plutôt juste et déambulent sur scène l’air confiant, sous leurs mèches de cheveux qui défient les lois de la gravité. Guitare à la main, ils font signe à la foule sans oublier de lâcher quelques « We love you Paris » et manquer de faire s’évanouir le premier rang. Il y a ensuite l’irrémédiable ballade en acoustique, où chacune s’empresse d’agiter solennellement son téléphone de gauche à droite, le visage grave, comme si elle assistait à un monologue tragique de Shakespeare. Tout ça est certes un peu trop lisse, un peu trop huilé. Et rien ne rattrape les paroles indiscutablement mielleuses (« Je suis juste là, quand vas-tu te rendre compte que je suis ton remède, toi la fille au coeur brisé? » compte parmi mes préférées).

Mais alors que leur tube « She looks so perfect » annonce la fin du show, et que toutes ces demoiselles, les yeux brillants, brandissent des papiers de couleurs pour former le drapeau français, je me dis que c’est quand même beau, la jeunesse. Même aveuglée par l’admiration et les hormones. Et, après 2 heures de spectacle (autant sur scène que dans les gradins), ce sera presque le coeur serré que je dirai au revoir à ces groupies de la première heure, à ces 6000 versions de moi à 16 ans et demi.

IMG_0434

Virginie