Read me on the beach

DSC01934Quand j’étais au lycée, je me retrouvais trois fois par semaine face à cette inoubliable prof d’anglais qui inventait ses propres expressions. Parmi ses préférées figurait l’appellation de « roman piscine », c’est-à-dire tous les pavés cul-cul que nous lisions, nous, petits adolescents ronchons dont on tentait d’élever la culture à coups de Rabelais et de Zola. De bons romans à lire pour se détendre « au bord de la piscine » et qui ne demandent pas un grand effort de concentration. J’ignore d’où est venue l’association « piscine » et « lecture facile. » Quelque part, je la conçois. Mais ce cliché a-t-il vraiment lieu d’être ? On trouve à la plage autant de types de livres que de couleurs de bikinis. (On y trouve aussi un excès d’Iphones, mais bon, ça c’est un autre problème…)

Il me semble que le choix d’une lecture de vacances ressemble subtilement au choix de la crème solaire : il y en a tellement! Il dépend des gens, de leurs besoins et de leurs envies. Les stéréotyper serait une erreur. Si certains se verraient bien plonger dans ce fameux Zola entre deux séances de snorkeling, d’autres ont réellement besoin de se détendre l’esprit avec Cinquante Nuances de Grey (Pourquoi pas ? Les gens osent même le lire dans le train, après tout.) Je vous propose donc une petite sélection de mes meilleures lectures de vacances; la preuve qu’à la plage, comme partout ailleurs, tous les genres sont les bienvenus.

Pour redécouvrir un classique – Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray

Oui, d’accord, il s’agit d’un roman publié en 1890; pas vraiment l’idée qu’on se fait d’une lecture propice aux transats, à laquelle on peut se livrer dans un état de demi-sommeil. Et pourtant ! C’est allongée sur une chaise-longue que je l’ai lu pour la première fois. Dévorée par les moustiques – ces petites pestes adorent trainasser au bord de l’eau – ce livre m’a conquise dès la première ligne. L’histoire du tableau de tous les vices et de toutes les décadences ne vous est certainement pas inconnue. Des personnages complexes, corrompus, arrogants, férus de théories sur l’art, la beauté, l’esthétisme. La sombre fin est l’explosion inconsciemment attendue qui ponctue avec fracas dix-neuf chapitres de tension grandissante. Parfait pour la plage, quand on a suffisamment de temps. Il s’apprécie le mieux lorsqu’on peut se permettre de n’en faire qu’une seule bouchée.

photo-5
Grillée… Là je lisais le deuxième tôme de Game of Thrones. Mais disons que je vous en ai déjà suffisamment parlé.

Pour la poésie – A.S. Byatt, Possession

Ce livre m’attendait sur ma table de nuit depuis le mois de mars et c’est avec fougue que je l’ai commencé. Vous connaissez peut-être le film du même nom, « Possession », avec Aaron Eckhart et Gwyneth Paltrow, film qui m’a tant plu que je me suis empressée de commander le livre. Le roman narre deux histoires d’amour à la fois différentes et semblables, tissées en parallèle malgré des décennies d’écart. Depuis Londres, deux académiques cherchent à prouver l’union secrète de deux poètes victoriens qui, des années auparavant, vivaient une passion destructrice à l’abri des regards. Avec de fins échos à de véritables poètes anglais de l’époque victorienne, le roman vous embarque dans une traque aux indices captivante et romantique. De quoi oublier de se baigner.

Pour rire et pleurer à la fois – Paul Auster, The Brooklyn Follies

La première phrase de ce roman publié en 2005 est très loin d’annoncer les rires qui en accompagneront certainement la lecture : « I was looking for a quiet place to die » [j’étais à la recherche d’un lieu tranquille où mourir]. Le narrateur, Nathan Glass, a soixante ans et se remet à la fois d’un cancer des poumons et du départ de sa femme. À la recherche d’une forme de paix, il atterrira pourtant dans un endroit tout sauf tranquille, en plein cœur de Brooklyn. Ces jours qu’il considère déjà comme ses tout derniers seront la scène d’une série de rencontres totalement farfelues et inespérées. Il y retrouve notamment Tom, son neveu, un cas visiblement désespéré qui ne croit plus au bonheur. Ce livre surprend sans cesse, va droit au but sans tergiverser et contient une panoplie d’anecdotes gorgées de vie. J’étais sensée le lire au lycée, mais il est resté (miraculeusement) l’un de mes nombreux favoris.

Pour l’intemporelle histoire d’amour – Audrey Niffeneger, The Time Traveler’s Wife 

Cette fois-ci, je suis sûre que vous connaissez le film. Le titre francophone est « Hors du Temps » et ce n’est même pas grâce aux (très) beaux yeux d’Eric Bana que je me suis laissée séduire par l’histoire: Henry est atteint d’une maladie génétique qui le propulse dans le temps de manière incontrôlable. Il n’a aucun moyen de prévoir ou de maîtriser ces sursauts temporels, disparaissant soudainement de l’endroit où il se trouvait pour n’y laisser qu’une boule de vêtements épars. Cette maladie rend la vie de sa femme Claire extrêmement difficile. N’importe quand, elle peut voir son mari se volatiliser sous ses yeux, sans savoir quand il réapparaîtra. L’intrigue demande une légère concentration lorsqu’il s’agit des entrelacs complexes du passé, du présent et du futur, mais c’est un très beau livre récompensé par de nombreux prix.

DSC01939

Pour feuilleter l’indétrônable – Vanity Fair

Le magazine est connu pour être un indispensable de la plage. Il n’alourdit pas le sac, se lit confortablement peu importe la position, ne craint pas l’eau autant qu’un roman payé quinze francs chez Payot et contient une grande variété de sujets qui se prête parfaitement à un après-midi de détente. Celui-ci est le seul que j’attends chaque mois avec impatience et dont je ne jette aucun exemplaire. Il contient parmi les plus beaux portraits que j’aie lus dans la presse francophone et les photos sont toujours époustouflantes. L’écriture n’est jamais statique, toujours de qualité, et se fait souvent passer pour un excellent roman. À glisser sous le bras sur le chemin des vacances. 

Pour s’octroyer un vrai « roman piscine » – Guillaume Chérel, Les Hommes sont des Maîtresses Comme les Autres

Ne terminons pas cette liste sans un bon vieux « roman piscine » par excellence. Court, fluide, facile à suivre et contenant ces sujets benêts dont on raffole en secret. Ces romans ne sont pas des exemples de finesse littéraire, mais sont de parfaits compagnons de bronzette. J’ai apprécié celui-ci pour son inversion des rôles: il ne présente pas l’habituelle amante d’un homme marié dont elle attend le divorce. Rien de cela! Dans le roman de Chérel, c’est un homme qui fait office de « maîtresse », soumis aux moindres caprices d’une belle femme mariée qui le mène ostensiblement par le bout du nez. Le personnage principal est un peu désespérant, mais bon, il est parfait pour la piscine, après une grasse matinée bien méritée, quand la perspective d’un complexe Dorian n’est pas aussi relaxante qu’un prévisible Christian. (Gray et Grey – mais vous l’aviez déjà compris.)

Ellen