Escapade provençale

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Un souffle de vent tiède se lève sur la campagne de Cucuron en Provence. Enfin une expiration d’oxygène, après des jours de vive et constante chaleur sous le chant assourdissant des cigales que la canicule semble requinquer. « On ne va pas se plaindre, dit-on par ici. Sinon on aura la pluie. » Ce fut tout sauf de la pluie qui nous tint compagnie durant notre escapade : des flots et des flots de soleil, nullement intimidés par quelques ponctuels grondements de tonnerre lointains. Le soleil de Provence est très difficile à masquer ; il lui va si bien.

Cucuron, le 18 juillet. « Nougats », annonce fièrement un panneau routier bleu, au beau milieu de l’autoroute en direction de Marseille. Nougats ? Désolée GPS, mais ce panneau fut le véritable et imbattable « vous êtes arrivé à destination. » Bienvenue au paradis des nougats, des calissons et de la lavande. J’espère que vous ne craignez pas les insectes, parce qu’il y en aura. Et j’espère aussi que vous êtes prêts à absorber une quantité remarquable de soleil, d’essence de vacances en son état pur. Vous verrez, malgré les guêpes et les fourmis, la fin du voyage venue, vous ne voudrez plus partir.

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Le Palais des Papes

Sur le pont d’Avignon, tout le monde y danse, danse… Sur le pont d’Avignon, tout le monde y danse en rond

Avignon, le 20 juillet. « N’allez surtout pas à Avignon, nous préviennent les habitants du Vaucluse. C’est un véritable four en ce moment ! » Têtus et décidés, nous ignorons royalement ces précieux conseils. La dernière fois que j’avais tenté de m’y rendre, un impressionnant déluge avait rendu impossible toute visite : j’avais été contrainte de me réfugier sous un pont pendant une bonne heure et demie, en attendant que les grêlons aient fini de tomber. Cette fois, hors de question que quelques petits degrés au-dessus des 30 me fassent reculer. D’autant plus que nous tombions pile au moment du festival d’Avignon, décrit comme la plus importante manifestation de théâtre de France. La superbe Place de l’Horloge se transforme ainsi une fois par an en scène très prisée sur laquelle les artistes viennent révéler  des échantillons de leurs spectacles, distribuer des flyers ou exhiber des déguisements exotiques.

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Place de l’Horloge

Même hors de la période du festival, la commune d’Avignon vaut vraiment le détour. Le grand Palais des Papes (résidence pontificale du XIVème siècle) est un majestueux édifice empli d’histoire. Il tenait également lieu de forteresse, si bien que sous le parterre de la salle du trésor ont été trouvées des cachettes secrètes, ingénieusement dissimulées par les épaisses pierres qui pavaient sol. Elles décelaient les biens les plus précieux du Pape, protégées par le secret. Les plafonds, remparts et immenses cheminées du palais sont d’une beauté impressionnante malgré leur âge. Des traces tangibles d’un passé que le temps a transformé en Histoire et qui semble soudainement beaucoup plus proche qu’on ne l’imaginait.

Le pont d’Avignon quant à lui, n’est pas un must absolu selon moi. La légende de Saint Bénezet racontée durant la visite est jolie, mais admirer le pont incomplet depuis les remparts de la ville est tout aussi agréable que de l’escalader. Cependant, impossible de ne pas fredonner la célèbre comptine « Sur le pont d’Avignon… » dont les paroles originales ne sont pas celles que chantent habituellement les enfants.

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L’Horloge, Traiteur à domicile et Restaurant à Cucuron, cuisine exquise, service impeccable, sourires rayonnants.

Lourmarin, le 22 juillet. On retrouve sur le marché de Lourmarin tout ce qu’on espérait de la Provence avant de la découvrir. Tous les vendredis, les stands du marché attirent une véritable marée de touristes ravis. On y trouve des épices, des vinaigres, des nappes colorées, des couteaux de table Le Provençal (le summum du chic dès qu’il s’agit de couverts), des nougats (quelle surprise !), un nombre incalculable de fromages, de saucissons secs, de savons artisanaux, d’aquarelles… Impossible de tout nommer. Un cœur en quête de vivre la Provence à la perfection, encore mieux que Russel Crowe dans A good year, pourra y combler chacun de ses désirs. Comment vous expliquer que j’y ai fait l’acquisition de dix-huit savons artisanaux ? C’est simplement que les marchands aiment expliquer que tout est « fait main. » « J’ai tout fait moi-même » annoncent-t-ils joyeusement, et on ne peut que les croire : car seules des mains expertes et passionnées sont en mesure de créer de tels produits. Tout est authentique, tout est vrai, et ramener chez soi un tel fragment de vrai n’a pas de prix. (Autant vous dire que justement, le prix est extrêmement doux pour une telle qualité.) « Vous êtes sympa », chantonne le vendeur de savons alors qu’il emballe mes dix-huit achats, dont un savon à l’opium dont il a le secret. « Et vous allez être très propre. »

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Notre meilleure adresse : Le Domaine de Méjeans

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Domaine de Méjeans à Alleins, entre Alpilles et Lubéron
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Tous les ingrédients de la soupe au Pistou rassemblés dans une assiette colorée
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Gaspacho aux légumes du jardin et sa chips de basilic

Un coin de paradis unique qu’on ne voulait plus quitter. Il me serait impossible de vous dire où se trouve la source de ce charme (le vrai) que je n’ai su retrouver nulle part ailleurs. Peut-être la superbe piscine turquoise entourée d’un rempart verdoyant et touffu – animé de cigales, of course. Peut-être les chambres, raffinées, fraîches (climatisation, tu es une invention géniale), les lits hauts recouverts de coussins, le nom d’une friandise typique telle que le calisson ou le nougat (encore toi !) que porte chacune d’entre elles. Peut-être est-ce la restauration inimitable, garnie des légumes du jardin. Ah, c’est peut-être bien ce fantastique petit déjeuner avec son pain encore tout chaud, ses confitures que je soupçonne d’avoir été faites maison… Ou alors c’est un mélange de tout cela. Mélange réussi, accordé à la perfection, fusion de charme et de calme qui ravit tous les sens.

Au moment de nous servir des Mojitos dans la chaleur faiblissante d’un début de soirée, on nous annonce : « Je viens de cueillir la menthe dans le jardin. » Incrédule, je demande au Monsieur de répéter. Cela l’étonne. Mais ce n’est pas tous les jours qu’on vous sert un cocktail « maison » dont le goût vous prouve bel et bien qu’il vient tout droit du jardin. Nous n’allions pas tarder à découvrir qu’une bonne partie du souper avait également absorbé ce même soleil, quelques mètres plus loin, au milieu du potager. (J’espère secrètement voir un jour ce cuisinier très talentueux gagner le premier prix de Masterchef)

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Mojitos, avec menthe du jardin

DSC02280Et pour finir, il va bien falloir que je vous en parle, de ce petit-déjeuner divin. Vous vous levez entièrement reposé, ce qui n’est pas peu dire par une telle canicule. Vous quittez votre chambre aux alentours de neuf heures trente, tranquillement, pour retrouver la terrasse que vous avez quittée la veille. Un soleil déjà chaud vous renvoie une lumière aveuglante. On vous demande ce que vous voulez boire. Puis on vous amène la plus satisfaisante et la plus alléchante corbeille de pain possible dans laquelle se cache même un petit beignet. Suivent un fromage blanc au coulis de framboises, une salade de pamplemousses frais et des confitures. Après ça, aucune excuse possible: il est requis de passer une excellente journée.

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DSC02340Malgré une centaine de sursauts à l’approche d’une grosse guêpe ou d’une abeille au derrière duveté, la Provence et ses bonheurs me manquent déjà. (Et dire que je l’ai quittée depuis moins de vingt-quatre heures…)

Ellen