Ces femmes qui osent #2 : Sous le feu des projecteurs

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Photo de Sahil Behal

Imaginez-vous à sa place. Vous n’avez que dix-sept ans et vous vous apprêtez à quitter la Genève de votre enfance pour la ville des vents, Chicago. Il vous reste à y réussir vos deux dernières années de collège avant de pouvoir intégrer une université américaine. Tel était en tout cas le plan initial. À ce moment là, vous ne savez pas encore que votre route ne tardera pas à croiser celle de la phénoménale Naomi Campbell, ni que vous paraderez bientôt sur les catwalks de la célèbre Fashion Week Newyorkaise. Une réussite qui semblerait inespérée, irréelle pour la plupart, même digne d’un bon roman à rebondissements. C’est pourtant ce qu’a vécu Isabelle Bianchi. Elle avait un rêve et a osé lepoursuivre.

Cette semaine, à l’occasion du deuxième Ces Femmes qui Osent, Evasions vous présente un mannequin genevois qui n’a pas eu peur de faire ses valises pour se lancer à la poursuite du succès. D’abord Chicago, puis New York, deux tremplins vers une belle carrière dont elle a bien voulu nous parler.

Concilier études et catwalks

À vingt-et-un ans (vingt-deux en novembre), on peut dire que la jolie brune n’a pas perdu son temps. Elle était encore au collège – ou High School – à Chicago lorsque les portes si exigeantes de l’univers du mannequinat se sont ouvertes devant elle. « Ma sœur m’a accompagnée à un ‘open casting call’ (un casting où quiconque peut se présenter, ndlr) dans l’une des meilleures agences de Chicago. Et on m’a tout de suite proposé un contrat de 3 ans », raconte-t-elle. C’est avec enthousiasme qu’elle a posé sa signature sur ce qui fut son premier contrat de mannequin. Hors de question cependant de mettre en péril ses études, chose qu’elle n’a d’ailleurs jamais risquée. « J’ai commencé à travailler sur Chicago en même temps que j’étais au collège. Mon agence m’envoyait deux fois par année à New York pour la Fashion Week. » Une semaine de la mode, certes, mais qui demande au préalable deux à trois semaines de castings épuisants. Cela équivalait donc à un mois entier travail pour la jeune fille, obligée de convaincre son école d’accepter deux fois par an ces longues absences.

Une fois diplômée de l’enseignement secondaire, Isabelle a bouclé ses valises pour la seconde fois. Direction New York, ville où se rejoignent tous les rêves imaginables. « C’était l’étape logique dans l’évolution de ma carrière, je pensais uniquement à ça. J’y avais déjà passé beaucoup de temps pendant les Fashion Week, et je savais que c’était la ville qui me correspondait. » Un vrai coup de foudre qui ne l’a pas déçue. Bien au contraire : « Ça fait [maintenant] trois ans et je ne me vois pas partir bientôt », avoue-t-elle. Au moment de s’y installer, la question de la poursuite de ses études n’a pas manqué de se poser. NYU s’est distinguée comme étant la seule université qui lui permettrait de travailler et d’étudier en même temps. Si cette bienheureuse possibilité ne s’était pas présentée, elle ne serait probablement pas allée à l’université. Aujourd’hui, Isabelle vient d’obtenir son diplôme d’hygiène dentaire et peut se consacrer pleinement à sa carrière de mannequin. « Je n’ai jamais arrêté [pendant mes études.] Juste ralenti un peu. »

La progression vers le succès

Il semble que la voie vers le mannequinat s’est tracée de manière toute naturelle pour la jeune femme. Très rapidement après avoir signé son contrat, elle vivait déjà son premier défilé pour la grande styliste américaine Tory Burch. (Rien que ça !) Une place sur le podium qui l’a incontestablement confortée dans sa passion pour l’univers de la mode : « J’avais l’impression que j’étais enfin arrivée où je devais être. » Se retrouver sur le catwalk aussi rapidement l’a également rassurée sur ses capacités à entamer cette carrière: « [Tony Burch] est une très grande créatrice et c’est arrivé tout de suite. Ça m’a [montré] que j’avais raison de poursuivre ce rêve, que cette voie était pour moi. »

J’avais l’impression que j’étais enfin arrivée où je devais être. 

Quand je lui demande comment elle a appris à poser devant l’objectif de manière professionnelle, elle m’explique que c’est au fur et à mesure, au fil des shootings et des conseils des photographes qu’elle a compris « ce qui marchait. » Pas de coach, pas de cours, rien du tout ! Uniquement l’immuable enseignement de la pratique. Et Isabelle l’exerce avec tant de naturel que la profession pourrait presque paraître aisée… Alors qu’elle ne l’est pas du tout. Car être mannequin comprend également une dimension proche du travail d’actrice. Avant chaque défilé, le photographe « briefe » le modèle et lui décrit le « mood » (l’humeur, l’ambiance) dont il désire imprégner les photos. Qu’il s’agisse d’une description détaillée comprenant la profession et l’âge du personnage ou d’une simple liste des émotions qu’elle devra représenter, Isabelle sait se glisser dans les rôles et adopter une autre personnalité que la sienne. Ainsi, elle ne se reconnaît pas toujours dans son travail, à l’image de l’actrice qui se regarde incarner un personnage à l’écran.

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Photo de Sahil Behal

Un look de supermodel

On s’imagine facilement que passer entre des mains expertes lors de l’incontournable étape coiffure et maquillage est un réel plaisir. Pas toujours… Certaines coiffures sont d’une exubérance telle que les porter devient un challenge. « Une fois, on m’a donné un cachet d’aspirine avant de commencer une coiffure », se souvient Isabelle. Sans parler de la Fashion Week lors de laquelle les mannequins doivent courir d’un défilé à l’autre, et arpentent parfois une dizaine de podiums différents dans la même journée. Il n’est pas toujours facile de passer d’un créateur à un autre en quelques minutes et l’ambiance en backstage peut être difficile à gérer : « Les coiffeurs et les maquilleurs s’acharnent sur les mannequins parce qu’on vient d’autres défilés avec du gel déjà dans les cheveux et les ongles déjà peints. » De grands moments de stress qu’Isabelle appréhende avec beaucoup de professionnalisme : « Je suis payée pour me faire tirer les cheveux, donc je dois rester aussi calme que possible. »

Quant à ses secrets de beauté (vous brûlez sûrement toutes de les connaître), ils sont plutôt simples : Isabelle se contente de ne rien manger après 20h, de faire du sport trois fois par semaine et de boire de l’eau citronnée au réveil et au coucher. Et c’est tout ! « Je suis la première à avouer que je mange du chocolat tous les jours, mais si j’ai besoin d’être stricte pour garder mes mensurations j’essaie de respecter ces trois règles. »

The Face, ou le tête-à-tête avec Naomi Campbell

Je me revois, l’année dernière, outrée devant ma télévision… Le premier épisode de The Face m’avait laissée perplexe. Cette série de télé-réalité américaine dans laquelle de jeunes mannequins réparties dans trois équipes s’affrontent pour devenir la nouvelle égérie d’une grande marque me rappelait vaguement The Voice version haute-couture. Oui, parce qu’à la place de Garou, Jenifer et compagnie, les coaches ne sont autres que les supermodèles Naomi Campbell, Anne V et Lydia Hearst. Et au lieu de devoir chanter, les candidates relèvent des défis en rapport avec le runway, comme animer une vitrine Juicy Couture, courir en talons aussi hauts que des échasses, faire face aux médias les plus farouches… Et devinez qui avait été sélectionnée pour participer à la deuxième saison de The Face en 2014 ..?

Courtisée par les trois coach (oui, oui, les trois en même temps !) qui la voulaient toutes dans leur équipe, Isabelle Bianchi avait choisi d’intégrer celle d’Anne V, au grand dépit de Naomi Campbell. On s’attendait à ce qu’elle gagne. Et c’est peut-être ce qu’elle aurait fait si un concours de circonstances et de stratégies malheureuses ne l’avaient placée dans la chambre des éliminations… Si Isabelle a été éliminée au premier épisode, ce n’est en tout cas pas en raison d’un manque de talent ; c’est peut-être même tout le contraire. (Il semble fort probable que Naomi Campbell avait choisi d’éliminer Isabelle par stratégie, pour éviter qu’elle mène l’équipe d’Anne V à la victoire.) Bref, aujourd’hui, la jeune femme n’en retient que du positif : « C’était difficile émotionnellement, mais avec du recul je pense que c’était une très bonne expérience. Le showbiz n’est pas quelque chose que tout le monde a l’occasion de voir de près, c’était intéressant. Pour ce qui est de l’élimination, j’ai compris plus tard que c’était juste pour faire de la bonne télé. » 

L’envers du décor

Si les débuts d’Isabelle se sont passés très naturellement et avec la facilité que lui promettait un talent évident, il ne s’agit pas d’un univers tout rose pour autant. « J’ai ensuite compris que c’était plus difficile que ça », raisonne-t-elle en évoquant ses toutes premières expériences de mannequin. L’expression « sous le feu des projecteurs » peut sembler limpide. (Les projecteurs sont éblouissants et émettent de la chaleur, obviously.) Néanmoins, elle contient une autre dimension, celle dont tout le monde soupçonne l’existence mais qui se cache sous un voile de perfection et de paillettes: le feu des projecteurs peut aussi vous brûler. Il existe en effet une immense pression bien connue; celle d’être mince. Comme elle l’expliquait précédemment, Isabelle se contente de suivre quelques règles afin de conserver ses mensurations idéales et ne se prive jamais de chocolat. Ce n’est malheureusement pas aussi facile pour tout le monde : « Ce n’est pas un stéréotype. Je vois des filles qui souffrent pour cette raison, et je sais que ce n’est pas pour moi, ça. Je me suis toujours dit que le jour où rester mince dirigerait ma vie, j’arrêterais. » Tête joliment faite, tête bien remplie, elle a pensé à tout.

Le parcours d’Isabelle est une preuve qu’oser suivre ses rêves peut mener très loin, aussi loin que la distance qui sépare Genève de New York. À une semaine d’une nouvelle édition de la New York Fashion Week, on lui souhaite tout le meilleur pour la suite de sa belle carrière.

Ellen