7 jours sur un site de rencontre

IMG_3147

« Si vous n’aimez pas vos imperfections, quelqu’un les aimera pour vous». À la bonne heure. Et où est-ce qu’on la trouve, cette âme sœur de tous les instants? Eh bien, sur un site de rencontre.

C’est en tout cas ce que suggère l’habile slogan de Meetic.ch dans sa dernière pub en date.

Bon, c’est vrai, il y a beaucoup d’à-prioris sur ce genre de plateformes. Les gens y seraient désespérés, les discussions superficielles et les rencontres plus que douteuses. Soit.

Mais en y réfléchissant, je me demande si l’on ne fait pas que ressasser une vieille série de clichés. Au fond, pourquoi ne pas maximiser ses chances de trouver chaussure à son pied lorsque le hasard ne nous apporte pas LA basket dont nous rêvons (la vie, c’est pas Zalando)? Lorsqu’ils sont utilisés à bon escient, les sites de rencontre ne seraient qu’une simple corde de plus à son arc. Un genre de flèche numérique pour un Cupidon 2.0.

funnyand.com
funnyand.com

Ne connaissant personne qui surfe sur ces sites (ou qui n’ose l’avouer), j’ai eu envie de tenter l’aventure pour une petite semaine, histoire de me faire ma propre opinion (et, qui sait, avoir une bonne surprise?) E-Darling et Meetic comptant parmi les pointures de l’online dating suisse, j’ai testé les deux (si c’est pour s’essayer à la romance en ligne, autant y aller franco).

LES PREMIERS PAS

Tout commence par l’inscription, rapide et gratuite. Enfin, rapide, pour celle d’E-Darling, il m’a tout de même fallu compter près d’une heure. La faute à un interminable test de personnalité, conçu par des psychologues soi-disant spécialistes de la relation de couple (leurs portraits, genre sourires Colgate et blouses blanches, fixent l’internaute avec une condescendance plus qu’agaçante). En même temps, le site promet « des rencontres de qualité », alors il fallait faire sérieux.

Débute alors une série de questions, avec les classiques âge-lieu-études, mais aussi l’origine et la religion (on peut cocher si l’on souhaite que notre future moitié soit musulman(e), bouddhiste, athée…il y en a pour tous les goûts et confessions). Suivent ensuite l’analyse de « fond » du caractère. Vous décririez-vous comme astucieuse ? Soumise ? Froide ? Sensuelle ? Des clics à la chaîne qui finissent par être un peu lassants voire déroutants. Franchement, qu’est-ce que j’en sais moi, si je suis « prévisible » ou « spirituelle » ?

Évidemment, on ne peut y couper, le site finit par disséquer l’aspect physique. Remarque, ce n’est pas totalement négligeable. Je suis surprise de pouvoir tour-à-tour m’estimer athlétique, en surpoids, sexy ou carrément banale. Je me demande si quelqu’un a un jour coché cette case.

Lorsque j’arrive au bout du test, oh bonheur : on me pousse déjà à mettre la main au porte-monnaie. « Devenez membre Premium », me répète-t-on inlassablement. Sans cet abonnement, jusqu’à 79chf par mois, je ne peux voir aucune photo ni répondre à aucun message envoyé par d’autres internautes. Décidément, la recherche de sa moitié, ça coûte cher. Frustrée, je décide d’abandonner E-Darling. Meetic fera sans doute l’affaire.

IMG_3156

LA PRISE DE CONTACT

Sur Meetic, j’ai assez vite mon profil (avec photo. Sans elle, prétend le site, c’est deux fois moins de visiteurs). Le fonctionnement est simple. Il y a une fenêtre à la Tinder avec des photos de célibataires qui défilent, la possibilité d’effectuer des recherches, d’envoyer des « flashs » à ceux qui nous taperaient dans l’œil et de chatter en live. Mais ce qui fonctionne le mieux, ce sont les messages perso pour établir un premier contact.

Dès le lendemain de l’inscription, j’ai dix emails dans ma boîte (avec les notifications bien lourdes qui vont avec). « Quelqu’un s’intéresse à vous » m’assure-t-on. En vrai, c’est juste que la personne a cliqué sur mon profil. Quant à ceux qui m’ont envoyé des « flashs », ils ont pour la plupart une bonne dizaine d’années de plus que moi. Et habitent parfois à Thoune, Olten ou Gstaad. Non pas que je n’aime pas la Suisse alémanique, mais niveau tri géographique, il y a des progrès à faire.

Dans ma messagerie, il y a un peu de tout. Comme en discothèque, c’est assez drôle d’observer les techniques d’approche. « Dis, je peux m’asseoir à côté de toi ? » (hein?), « Coucou, tu fais quoi comme sport ? » (visiblement une tentative de s’assurer que je n’étais pas « en surpoids »), «Hey hoi du Hetsch » (des mots-doux suisse-allemands ?), « Keep calm and love ur smile » (pourquoi pas) ou encore « Bonjour princesse tu fais quoi » figurent parmi mes préférés.

Malgré tout, Meetic n’est pas Tinder, et il semble convenu de converser un minimum avant de proposer quoi que ce soit de plus aventureux. Mais bien qu’il me paraisse normal de démarrer avec des banalités, on embraye rarement sur autre chose et bien souvent, je l’avoue, je coupe court. Soit parce que le profil ne me plaît pas, soit parce que les réponses sont plates comme une omelette. Si les adeptes du sens de l’humour et de la répartie  ne sont pas légion, j’ai tout de même eu plaisir à discuter avec deux ou trois d’entre eux, sympathiques et intéressants.

En fait, ce qui est assez étrange sur Meetic, c’est qu’on finit par parler de soi à des inconnus sans se prendre le chou, tout en sachant pertinemment que ce que recherche notre interlocuteur, c’est bien de rencontrer son/sa futur(e) compagnon/e de vie. Du coup, ça met un peu la pression, et on se sent vite mal à l’aise d’entretenir une discussion si l’on sait que de notre côté, c’est « non ». « Chatter, ça n’engage à rien« , m’assure un certain Yann. Mais en ligne, difficile de savoir où s’arrête la courtoisie et où commence la vraie séduction. Gare aux quiproquos gênants.

IMPRESSIONS FINALES

Il fallait s’y attendre, les sept jours se sont écoulés et je n’ai pas eu de cyber-coup-de-foudre. Si je doute encore franchement de pouvoir rencontrer mon double sur un site de rencontre (et encore moins si je n’ai pas la quarantaine ni d’abonnement Premium), je suis maintenant convaincue que derrière ces profils se cachent plus de Monsieur et Madame Tout-le-monde qu’on ne le croit, des êtres humains qui croient humblement en leur chance de trouver l’amour en ligne. Moi-même, je me suis facilement laissée prendre au jeu et ai scruté, un peu plus que je ne voudrais l’admettre, les nouveaux messages de mes amis Meetic. Je mets donc fin à mon aventure sans regrets, laissant la porte entrouverte à de futures web-découvertes…et d’autres essayages de baskets.

Virginie