Pourquoi sommes-nous accros à Instagram?

400 millions d’utilisateurs. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Instagram est une bête. En 5 ans, les filtres et les hashtags du réseau social ont séduit plus de gens que la population entière des Etats-Unis. Sur ses fils, pas moins de 80 millions de photos sont postées par jour. Et parmi elles, vos selfies, mes paysages, vos plats préférés et mes soirées entre amis.

La reine d’Instagram, c’est l’image. Omniprésente (c’est un peu le but, vous allez me dire), elle est souvent parfaite, retouchée, aseptisée, mais peut aussi être fade, très conceptuelle voire délibérément laide. Comme dans un pot-pourri, on y trouve du beau tout comme du bizarre. Ce qui est sûr, c’est qu’avec l’image, il n’y a pas de chichi. On se connecte, on fait défiler les publications de nos abonnés, et on regarde. On s’extasie devant la première, on se moque de la suivante et on est répugné par la troisième. Dans tous les cas, sur Insta, notre cerveau presse vite sur le bouton next. Contrairement à d’autres réseaux sociaux où le texte est plus présent, ici on se laisse plutôt guider par nos impressions et nos ressentis. Est-ce cette accessibilité qui fait qu’on devient vite accro à la plateforme ? Peut-être bien. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a tout un tas d’autres raisons qui forcent, discrètement et en douceur, nos doigts à cliquer sur l’application plusieurs fois durant la journée. Mais ce qui est drôle, c’est que ces « bienfaits » prennent aisément le dessus sur tous les éléments plus sombres qui découlent d’une pratique intensive d’Instagram.

Un réseau social qui a ses vices…

Ne nous voilons pas la face, Instagram a ses mauvais côtés. En suivant des comptes qui touchent à nos intérêts, on est constamment dans l’idéalisation, tout comme dans la sélection des choses que nous voulons voir ou ne pas voir. Instagram, c’est un peu la stratégie de l’évitement. On y observe ce que l’on est d’accord de regarder, ce qui nous plaît, et on se place des oeillères pour ne pas être confronté à ce qui ne nous intéresse pas, ou à ce que l’on ne pourrait pas supporter. Au fond, on se conforte dans le beau, notre beau.

Ensuite, à force de voir ces images pour la plupart maîtrisées et parfaitement construites pour plaire, on en vient à les comparer à notre quotidien, à nos habitudes, voire à notre propre corps (pour les férues des comptes de blogueuses, par exemple). On devient jalouses de ces quotidiens qu’on estime enviables, de ces corps qu’on voit comme irréprochables, et de ces modes de vie où tout semble marcher sans souci. A son paroxysme, Insta peut carrément nous fabriquer des complexes, comme je l’expliquais dans un précédent article.

De plus, de part les nombreux comptes liés à des buts commerciaux – les partenariats y sont omniprésents – notre wishlist est sans cesse abreuvée de nouvelles envies et s’agrandit, pour le coup, de jour en jour.

Et enfin, à force de frôler l’écran avec notre pouce pour scroller maintes fois durant la journée, les minutes s’accumulent et c’est finalement une voire plusieurs heures de notre temps que nous perdons sur Insta au détriment d’autre chose, de la vraie vie.

… mais duquel nous ne pouvons pas nous passer 

Instagram est fort, très fort. Car malgré tous les effets collatéraux exprimés ci-dessus, de plus en plus de comptes sont ouverts. En général, d’une fois qu’on y est, on y prend goût et on y reste, malgré tout. Pourquoi ? En y réfléchissant, j’ai compris que les raisons sont simples et, naïvement peut-être, je pense qu’elles viennent naturellement contrebalancer les effets négatifs de la plateforme.

Raison n°1: Si on trouve de tout sur Insta, le nombre de belles images est quand même bien supérieur aux images bâclées ou esthétiquement négligées. Par les filtres et les outils d’édition, donner un petit plus à un instant, une anecdote, un paysage ou un visage est un jeu d’enfant. Les couleurs de la nature sont redoublées d’intensité, le flou de l’arrière-plan accentué, et les imperfections des visages sont masquées. Qui ne s’est pas déjà senti un poil plus beau après l’ajout d’un petit filtre « amaro » sur son selfie? C’est humain, et ça augmente (souvent) notre confiance en nous, même si c’est un peu de la triche. Mais, au fond, who cares?

Raison n°2: Une citation célèbre dit que « le bonheur, c’est la permanence de l’éphémère ». C’est à peu de choses près ce que fait Instagram. Sur la plateforme, on capture des instants éphémères pour venir les fixer sur quelque chose qui, lui, reste. On y inscrit, par nos images, des moments très courts qui seraient peut-être vite oubliés si nous ne les avions pas photographiés: des cookies faits maison dont nous sommes fiers, un coucher de soleil incroyable sur le lac à côté de chez nous, l’objet d’un fou rire au bureau: les exemples fusent volontiers. Insta, c’est un peu un journal intime public. On y partage des bribes éphémères de notre vie, peut-être futiles, mais importantes sur le moment. Et c’est tout ce qui compte.

Raison n°3: En général, les gens paraissent heureux sur Instagram. Je vis peut-être dans le monde des bisounours, mais de mon côté, je préfère voir des gens sourire, même de façon calculée et forcée, que d’apercevoir des dizaines d’images de gens qui tirent la gueule (pardonnez-moi l’expression). Comme dit plus haut: oui, ça peut nous rendre jaloux et nous pousser à des comparaisons, auxquelles nous sommes à peu près sûrs de perdre, mais ça peut aussi nous pousser à sourire, et à avoir un peu d’espoir en la vie.

Raison n°4: L’inspiration! Allez, ne me dites pas que vous ne suivez aucun compte qui a pour but de vous donner des idées. Les recettes saines ou grasses (comme on les aime), le maquillage, la mode, la décoration (en mode Pinterest, waow), le sport, etc. Sur Insta, une chose est sûre, c’est que les idées ne manquent pas. C’est bel et bien aussi de la découverte que l’on vient y chercher.

Raison n°5: En postant des images sur le compte d’Evasions (d’ailleurs, n’hésitez pas à nous suivre @evasionsmag), j’ai remarqué qu’Instagram permettait de se connecter très facilement avec des personnes qui partagent les mêmes intérêts que nous. Par les hashtags, notamment, les communautés se réunissent en quelques clics, s’abonnent parmi (très français, je sais), chacun va aimer les photos de l’autre, etc. Comme tous les réseaux sociaux, Insta a le fort pouvoir de construire des communautés.

Raison n°6: On y trouve tout, sur tout. Lorsqu’une de nos passions est étrange ou peu commune, on s’imagine souvent seul sur terre à l’apprécier. Connectez-vous sur Insta, vous trouverez pour sûr quelqu’un qui la partage aussi, c’est promis!

On comprend dès lors mieux pourquoi ce virus a piqué 400 millions de personnes. Au fond, Instagram, c’est une grosse machine à rêves. Et les rêves, ça met du baume à notre quotidien. Et ça, ça fait du bien. Amen.

Agathe