Ces femmes qui osent #3 : la passion dans la voix

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Je m’attendais à apercevoir des cheveux courts, coupés à la garçonne, comme à la télé. Mais ce sont de longues boucles tressées qui m’ont rejointe devant la crêperie de Plainpalais.

Le large sourire, lui, était bien là. Sans oublier ce charmant accent américain, celui qui fait chanter les voyelles.

En parlant de chanter: la première fois que je l’ai entendue donner de la voix, c’était en février. J’étais tranquillement assise devant mon écran, comme 6 millions d’autres téléspectateurs, à suivre d’un oeil l’émission française The Voice (ok, peut-être de deux). Lors des auditions à l’aveugle, Azania Noah reprenait « Rise like a Phoenix« , de Conchita Wurst. Et faisait pivoter les quatre fauteuils rouges.

En arrivant devant le jury, tu te dis: J’ai travaillé ce morceau depuis des mois, il faut que j’assure. Il faut être dans le moment présent, ne pas regarder si quelqu’un se retourne ou pas. Quand tu finis, tu ne sais plus ou tu es, ni comment tu t’appelles. Tu es dans un autre monde.

C’est sûr, cette Américaine, qui a vécu à Genève depuis ses 15 ans, semblait faite pour mettre le feu au prime time dans sa robe rouge écarlate. Mais TF1, les projecteurs parisiens, Azania n’en a pas toujours voulu. C’est la poursuite d’un rêve de petite fille (et puis de grande), qui l’a amenée jusque devant les quatre juges que nous connaissons bien. Du culot aussi, et beaucoup de détermination.

Blind Audition Headshot Smile-2 (with Mic)
©Azania Noah

En réalité, ce n’est pas tout à fait exact : la télé et elle, c’est une longue histoire. Elle avait à peine vingt ans qu’elle se frottait déjà aux caméras, version années 90 dans l’émission « Graines de Star » (Laurent Boyer y dénichait des jeunes talents dans l’Hexagone jusqu’en 2003). Azania, devant sa crêpe épinard-poulet, me raconte cet épisode avec un plaisir évident.

À l’époque, elle commence tout juste l’Université et fait les choeurs pour des petits groupes de funk et de rock genevois. Et là, surprise: elle remporte l’émission trois fois de suite. Dans les coulisses, elle se voit même proposer son premier contrat…qu’elle refuse. Il lui aurait enlevé toute liberté artistique. « Ça m’a ouvert les yeux sur l’exploitation des jeunes dans l’industrie musicale. Ils sont facilement attirés par ce qui brille, et peuvent prendre de mauvaises décisions », regrette-t-elle.

Forte de cette expérience, Azania s’éloigne du show-bizz et chante lors de concerts privés et de cérémonies de mariage (ses préférées). Tout en travaillant dans une banque, puis dans l’immobilier. Un train de vie à 100 à l’heure, qu’elle poursuit dans un seul but: pouvoir s’envoler à New York, d’où elle vient, pour vivre de sa musique. «Je sentais qu’ici, ma flamme, ma passion s’éteignaient dans mon cœur. J’avais besoin de plus. »

Azania - Triad Theatre - Feb. 4, 2012
©Azania Noah

Elle écoute son coeur, mais aussi sa raison. Ce retour en Amérique, elle l’a minutieusement préparé, en économisant et en contactant du beau monde sur place. Car on ne réussit pas à New York comme on sirote un Cosmo sur la Fifth Avenue. « C’est une ville où tu ne peux pas aller pour essayer. Parce qu’il y a des milliers de personnes qui veulent faire la même chose que toi. On le sent très vite: c’est ou tu nages, ou tu coules. C’est à toi de faire l’effort. Comme ils disent là-bas, «make it happen» ».

En gros, il faut savoir s’imposer, se vendre. Un art qui, selon elle, n’est pas dans la nature des Suisses, trop humbles et réservés. Malgré tout, Azania bataille, monte un spectacle et met le paquet (choristes, chorégraphies, maquilleuse…). Tout cela coûte cher, mais paie aussi. Azania mentionne les lieux mythiques dans lesquels elle a eu le bonheur de se produire: l’Apollo Theater, le Blue Note. Je n’ose pas lui dire que je ne les connais pas, tant ses yeux brillent rien qu’à les évoquer.

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Elle touche son rêve du bout des doigts, mais l’Américaine l’avoue: à force d’arpenter les rues de la Grande Pomme, de se démener pour se maintenir dans la course, elle commence à fatiguer. C’est alors qu’une amie (une certaine Stacey King) lui parle d’une émission qui pourrait booster sa visibilité: The Voice.

Azania hésite, puis décide d’envoyer ses démos à la rédaction. Son profil plaît, on la convie à Paris (drôle de hasard, le responsable de casting la reconnaît, elle avait chanté au mariage d’une amie!) Mais dire que la route est longue est un euphémisme: pas moins de quatre pré-auditions attendent les candidats avant d’accéder au « vrai » casting devant les fauteuils. C’est la chaîne. « J’étais fascinée de voir l’ampleur de The Voice. C’est une machine monstrueuse, avec une centaine de personnes derrière, et où tout est calculé ».

Après une dernière journée de stress et d’attente, elle monte enfin sur scène. Bluffés, tous les jurés se retourneront les uns après les autres. Mais son choix s’était déjà porté sur Florent Pagny. « J’admire sa carrière qui a tenu plus de 25 ans. Il a essayé plein de styles différents. Je trouvais important que mon coach soit un vrai chanteur, avec une réelle expérience des classiques ».

Les quatre stars, finalement, les candidats ne les côtoieront pas beaucoup. Azania m’explique que ce sont surtout des coachs vocaux qui travailleront d’arrache-pied avec eux. Elle retrouvera Florent Pagny aux répétitions précédant le show, lors desquelles il lui prodiguera quelques conseils.

Son truc à Florent Pagny, c’est vraiment de se concentrer sur l’essentiel. Pas trop de cinéma, de fioritures autour. Il voulait de l’authenticité, de l’émotion, contrairement à beaucoup d’artistes de R’n’B aujourd’hui. J’ai trouvé intéressant comme approche.

Azania passe l’épreuve des battles, et échoue à la troisième émission. Pourtant, je ne sens aucune déception dans sa voix. « Je suis plus âgée, j’ai plus de recul », m’explique-t-elle. A 38 ans, elle trouvera plus difficile de gérer la réaction de ses proches, abattus.

Azania, un pied à New York, l’autre à Genève, prépare à présent un nouvel album pop-soul-jazz. Tout en continuant à faire des concerts, car le live, c’est ce qu’elle préfère. Il lui arrive d’ailleurs de se produire jusqu’en Sierra Leone, le pays de ses racines, pour venir en aide à un orphelinat qui lui tient à coeur. « Être sur scène, c’est du vrai: le contact avec le public ne ment pas. Et c’est une manière unique de communiquer. Que ce soit ici ou en Afrique, et même s’ils ne comprennent pas ce que je chante».

Le partage, l’émotion, ces sont donc les clés d’Azania. Un peu comme son idole de toujours, Whitney Houston, qu’elle admire pour sa puissance mêlée de douceur. « Elle dégage tellement d’émotions, juste avec une note ». Ça fait peut-être cliché, mais quand je songe à son célèbre « I will always love you », je ne peux qu’opiner. Et souhaiter à notre Américaine le succès de sa compatriote.

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Il est déjà 16h. La crêpe est engloutie depuis longtemps. « J’ai beaucoup parlé », s’étonne-t-elle. C’est que la vie d’Azania est une sacrée symphonie. Et qui sait ce qui l’attend encore…ça vaudra certainement une citron-canelle, la prochaine fois.

Virginie

(Azania sera en concert le 7 novembre à l’Arena de Genève, avec ses collègues suisses de The Voice)
Site web: http://www.azania.com