Se maquiller, oui, mais pourquoi?

©Ellen
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Anti-cernes : check. Mascara : check. Blush : check-check. Ah, la petite routine maquillage du matin…ce bon vieux tête-à-tête entre le grand miroir de la salle de bain et ces petits yeux encore embués

(mais à cette heure là, le flou artistique est salvateur. Parce qu’avec 5 heures de sommeil dans les pattes, sous la lumière néon, ça fait vite The Walking Dead version pyjama).

C’est drôle comme la main pioche dans la trousse et en ressort les tubes presque machinalement, toujours dans le même ordre. Des gestes tellement souvent répétés qu’on n’y penserait même plus.

Et pourtant, je me suis prise à y songer, l’autre jour au petit déjeuner (imaginez un zombie qui sirote un Earl Grey). Au fond, pourquoi les femmes, ou en tout cas un grand nombre d’entre elles, font le choix de se mettre quotidiennement des crèmes, poudres et autres curieux liquides sur le visage?

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A première vue, ça ne paraît pas sorcier: pour se rendre plus jolies. Ou plutôt, et c’est plus élégant, pour mettre leurs atouts en valeur. De mon côté, je n’ai aucun souci à l’admettre : après une petite session maquillage, je trouve effectivement mon teint plus harmonieux et mon regard plus soutenu. Et si de petites touches rapides peuvent faire des miracles, pourquoi se prendre le chou ?

Mais la question qui suit est plus délicate : on se fait «plus jolies » pour quoi, pour qui? C’est là qu’est le nœud du débat.

  •  Porter du maquillage pour soi

Certaines prétendent qu’elles ne portent du maquillage que pour elles-mêmes. Parce que c’est amusant, créatif et que ça leur fait leur sentir bien. (Ci-dessous, une photo provenant d’un article Buzzfeed, qui demandait aux femmes pourquoi elles portent du maquillage. La plupart des réponses étaient similaires à celle-ci:)

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buzzfeed.com

Mmh. J’ai beau essayer, j’ai un peu du mal à y croire. Oui, j’apprécie maintenant ce rituel presque rassurant, ces quelques skills que j’ai appris à développer. Et je n’ai pas de honte à le dire, je suis la première à traîner dans les rayons Revlon ou Maybelline pour jeter un oeil aux derniers rouges à lèvres. Les matières, les couleurs, ça me met de bonne humeur.

Mais contrairement à cette demoiselle, le maquillage ne me fait pas « me sentir moi-même« . Peut-être que certaines femmes se maquillent alors qu’elles comptent rester seules à la maison, à regarder L’amour est dans le pré avachies sur leur canapé. Mais personnellement, je serais plutôt heureuse de balader mes cernes de pièce en pièce si aucun interaction sociale majeure n’était au programme. Je porte du maquillage quand je sais qu’on va me VOIR, parce que, comme beaucoup d’êtres humains, je me préoccupe du regard des autres et recherche une forme d’approbation. Aussi agaçant que cela puisse être.

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  • Porter du maquillage comme geste imposé

De l’autre côté du spectrum, certaines pensent que c’est la société moderne qui nous suggère de nous maquiller. Dès notre plus jeune âge, on y serait fortement encouragées, dans le but éternel de satisfaire et plaire à la gente masculine. Et tout ça sans même nous en rendre compte.

Ouch. S’imaginer manipulées par un invisible diktat patriarcal, il y a plus agréable. En fait, c’est dérangeant de se voir enlever toute capacité de choix. Je crois quand même pouvoir décider si j’ai envie de me mettre du fard à joues le matin, merci bien. Et je ne pense pas en appliquer uniquement pour les beaux yeux de ces messieurs.

Le risque est de tomber dans une diabolisation totale et excessive du maquillage. Sur Internet, qui l’eut cru, la tendance actuelle serait presque à la chasse aux sorcières. On pose fièrement pour des « no make-up selfies« , comme pour accuser celles qui utilisent des cosmétiques d’être superficielles et de ne pas se respecter.  (voir cet article « Why Society Needs to Stop Telling Women They Don’t Need Make-up« ).

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En théorie, nous sommes libres de faire comme nous l’entendons, fond de teint ou non. Pourtant, j’ai l’impression qu’il y a une vraie réflexion à mener. À commencer par se demander: une femme qui se présenterait à un rendez-vous, par exemple à un entretien d’embauche sans maquillage, serait-elle jugée différemment? Je pense que la réponse est oui. Tout simplement parce qu’on lui trouverait un côté négligé, un côté « elle aurait pu faire un effort, quand même« . Ce n’est pas qu’une question d’esthétique, mais aussi une question de standards culturels. Sous nos latitudes, une femme qui est maquillée prend soin d’elle, elle est dynamique, a confiance en elle.

C’est vrai, tellement de femmes disent que porter du maquillage leur donne confiance. Mais justement, que cette confiance nous proviennent de pots de crème teintée et non de nos qualités intrinsèques, c’est alarmant. Le maquillage nous donne tellement confiance, qu’on  s’aimerait moins au naturel, jusqu’à redouter de sortir sans. «Quand je ne me mets pas d’eye-liner, les gens pensent que je suis malade», me confiait récemment une amie, qui ne quitte jamais ce trait de crayon noir. Quant à moi, je ne suis pas en reste: un matin, alors que je partais de la maison en quatrième vitesse pour attraper mon train, je suis sortie en oubliant mon tube de mascara, dont je pensais badigeonner mes cils dans les toilettes du wagon (#glamour). Et je l’avoue platement : pour éviter qu’on me demande pourquoi j’avais l’air si fatiguée…je me suis arrêtée en chemin pour en acheter un autre.

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Et franchement, je m’en veux. J’aurais voulu avoir la force de caractère de me dire, « on s’en fiche, je n’en ai pas besoin ». J’aimerais pouvoir, quand je ne le sens pas (parce que oui, il y a des jours où je ne le sens pas), tout simplement sauter la case make-up et arborer mes paupières fatiguées, sans envoyer un sms d’excuse aux amis du style « Désolée, pas eu le temps de me maquiller, j’vous préviens j’ai l’air d’un mort-vivant! ». Parce que je suis un humain et que mince, c’est à ça qu’on ressemble, là-dessous. Ça ne veut pas dire que je me laisse aller, et je ne devrais pas avoir à m’en justifier.

Je ne vais certainement pas arrêter de me maquiller du jour au lendemain. Les habitudes ont la vie dure, et je les aime quand même bien, mes petits tubes colorés. Mais je voudrais croire que je réfléchirai un poil plus demain matin quand, une fois encore, je me retrouverai face à mon reflet, le recourbe-cil au poing.

Virginie


Sur le sujet:

When is wearing make up a choice?

Ingrid Nilsen, une Youtubeuse, parle du « make-up double standard »