La peur, amie ou ennemie?

Processed with VSCOcam with m5 preset« PEUR ». Depuis quinze jours, ces quatre lettres capturent nos télévisions, nos bouches et nos esprits avec une présence bien plus forte que d’habitude. Les raisons de cet engouement, tout le monde les connaît; nul besoin de s’étendre une fois de plus sur le sujet, déjà assez terrifiant en lui-même. Non. Aujourd’hui, je vous propose qu’on approche cette émotion d’un peu plus près. Parce que oui, il n’est parfois pas facile de lui tourner le dos, à Mademoiselle Peur. Mais connaître ses petits secrets ne peut que nous aider à l’empêcher de nous jouer de mauvais tours.

Mademoiselle Peur, notre garde du corps en chef…

Si la peur avait droit à une gommette de récompense, ce serait celle de la protection. Elle le fait bien, ce job, on ne peut pas le nier. En effet, craindre une situation permet, dans une certaine mesure, de nous protéger contre les dangers qui nous entourent. Eviter de mettre de hauts talons pour une remise de diplôme, par peur de s’étaler devant toute votre famille et des centaines d’inconnus, relève d’une sérieuse protection contre une honte internationale. Et cette protection, c’est la peur qui l’a soufflée à vos oreilles en vous disant: « petit conseil d’ami, évite les talons, ma belle, tu ne marches pas bien avec ». Sans ce précieux conseil, et donc sans la crainte de tomber, il y aurait eu fort à parier que vous auriez chaussé vos plus beaux escarpins, ceux de 12 cm de hauteur, et que vous auriez risqué une belle chute, et tous les désagréments qui vont avec.

Les hommes, accompagnés des marcheuses en talons de l’extrême, ne se retrouveront probablement pas dans mon exemple, certes. Mais vous avez compris le principe. Avoir peur de quelque chose nous protège, souvent, contre des dangers réels: la honte de tomber (un peu enfantin, je vous le concède), mais également les maladies et les accidents, par exemple. Celui qui a peur d’attraper une maladie dans les toilettes publiques prendra soin de couvrir la cuvette de papier avant de s’y asseoir; tout comme celui qui a peur de se faire happer par une voiture privilégiera le passage piéton au moment de traverser la route.

Bref, finie la petite leçon de sensibilisation aux dangers, c’est promis! N’empêche que saisir ce premier rôle de la peur est capital.

… qui peut se révéler être une sacrée chipie 

Mais ce que Mademoiselle Peur ne nous dit pas, c’est que ce n’est pas elle, toute seule comme une grande, qui nous protège des aléas de l’extérieur. On lui donne une gommette, mais pas une médaille, à cette sacrée émotion. Pourquoi? Car sans les actions et les comportements, la peur, seule, ne sert pas à grand chose. Ressasser des pensées angoissantes n’a jamais sauvé personne. Les gens anxieux croient souvent, -et je sais de quoi je parle-, que leurs pensées de crainte vont leur faire éviter tous les maux du monde, mais il n’en est rien. Sans passer à l’acte, la peur n’est qu’une vieille émotion inutile dans notre défense. Passer deux heures à paniquer la veille d’un examen n’a jamais fait entrer les résumés plus vite dans votre cerveau, et vous le savez. On le sait tous.

Cet exemple m’amène à l’exploration d’une autre facette de la peur: son côté chipie. Finalement, enlevons les manières et disons ce qui est: la peur peut parfois jouer la grosse « connasse ». Insidieusement, dans une sorte de double jeu, elle s’immisce en nous bien plus que de besoin, pour répandre ses ondes sombres en optant pour un zèle malsain. Elle décide de ne plus jouer qu’à la protectrice nécessaire à notre bien-être, mais de se pointer, à plusieurs reprises, à l’improviste, comme la peste de la classe que personne ne veut voir débarquer à sa fête d’anniversaire. C’est dans ces moments de machiavélisme qu’elle pousse, justement, l’étudiant à perdre deux heures de son temps précieux de révisions à lutter contre l’angoisse et les vertiges. C’est aussi là qu’elle va motiver les plus anxieux à contrôler, non pas une, mais dix fois, que leurs plaques de cuisson soient bien éteintes avant de partir en week-end.

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Pourquoi je vous dis tout ça, au juste ?

Parce qu’à mon sens, connaître les mécanismes de Mademoiselle Peur, c’est nous offrir la possibilité de lui balancer des vents. De lui dire non, quand cela est opportun. De refuser ses avances lorsque l’on voit qu’elle ne chercher qu’un coup d’un soir (passez-moi toutes ces libertés de langage, mais le sujet vaut la peine d’être clair).
La prochaine fois que Mademoiselle Peur vous soufflera des phrases du style « et si tu n’étais pas assez bien pour lui/elle », « tu vas te ramasser à cet oral » ou encore « et si les attentats touchaient la Suisse » (au hasard), répondez-lui simplement qu’elle peut aller se rhabiller (ou se faire voir), parce que là, elle ne protège pas. Elle fait juste peur. Et du coup, elle n’aide en rien (#nothelping quoi).

Agathe