Audiobooks: des histoires sur la route

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Si, comme moi, vous passez une belle portion de votre vie dans le train, vous avez sans doute déjà planché sur un tas d’idées ingénieuses pour vous occuper pendant ces temps morts.

Il y a bien sûr l’éternelle sieste réparatrice, ou la contemplation distraite des paysages qui défilent (voire des voies ferrées pour les malades des transports). Sans oublier la consultation de journaux en ligne, des emails et autres conversations WhatsApp; et puis il y a les bons vieux bouquins, ceux qu’on balance au fond de son sac (et qui n’ont pas fière allure après quelques voyages en InterRegio).

Mais récemment, j’ai entendu parler à plusieurs reprises du concept d’audiobook, qui a fini par m’interpeller. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un livre dont on a enregistré la lecture à voix haute, et que l’on écoute dans son casque au lieu de le lire. « Mais c’est pour les aveugles ça, non? C’est quoi l’intérêt? » m’a-t-on rétorqué.

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Bonne question. Eh bien, le premier avantage m’a paru évident: on peut se plonger dans un récit n’importe où: dans le train, mais aussi en conduisant, en faisant son shopping ou même son jogging. Suffit de se munir d’un lecteur mP3 ou de son téléphone, qu’on glisse dans une poche (plus facilement qu’un tome du Seigneur des Anneaux).

Ensuite, pour ceux qui n’affectionneraient pas forcément l’action de lire (yeux fatigués, difficulté à se concentrer, ou ceux que le nombre de pages décourage), il s’agit d’un autre moyen pour découvrir plein d’histoires passionnantes…et faire passer le temps, de manière un peu plus stimulante qu’en jouant à Doodle Jump.

Plusieurs Youtubeurs en vogue vantent d’ailleurs les mérites du leader en matière de livres audio: Audible. Filiale d’Amazon, le site propose, dans le cadre de son abonnement 1 livre/mois, un premier audiobook gratuit (10€ pour le mois suivant). J’y ai vu une occasion parfaite pour me lancer.

Sur Audible, on trouve de tout: de Hamlet à Harry Potter, des Misérables à …Fifty Shades of Grey (oui, apparemment il y en a qui aiment qu’on leur susurre ces trucs à l’oreille. Allez écouter l’extrait, c’est bijou, avec la voix de la narratrice en mode téléphone rose).

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peppert.com

Après un rapide tour du propriétaire, mon choix s’est porté sur le roman « Avant toi », de l’auteure anglaise Jojo Moyes, qu’une copine m’avait recommandé il y a longtemps et que je n’avais jamais lu. J’ai toutefois tablé sur la version traduite (premier essai = restons prudents). L’histoire raconte les aventures d’une jeune femme qui se retrouve à faire l’aide-soignante pour un tétraplégique dégoûté par la vie. « Il m’a fait fondre en larmes », disaient les commentaires. Ca se promettait bien mélo.

En fait, j’étais curieuse de voir si le ressenti d’une lecture classique se retrouverait à l’écoute. Et surtout, si j’allais parvenir à rester concentrée et si mon esprit n’irait pas gambader ailleurs alors que le narrateur continuerait de babiller dans mes oreilles. L’éponge du cerveau absorbe-t-elle autant par l’ouïe que la vue?

Mais tout a été prévu pour rendre l’expérience facile et agréable. Une fois le livre téléchargé, il s’est automatiquement retrouvé sur l’application Audible de mon téléphone. L’audiobook est lui-aussi divisé en chapitres, avec une petite musique (agaçante, il est vrai) qui en annonce chaque début, histoire de garder une notion de structure. Et une touche permet de revenir en arrière de 30 secondes dans le récit, au cas où on aurait perdu le fil…ce qui, je dois l’avouer, m’est arrivé assez souvent.

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Car j’ai emporté mes bribes d’histoire un peu partout. J’ai écouté les péripéties de Louisa, la protagoniste principale, en mangeant un sandwich, en m’assoupissant dans l’ICN, en marchant dans la rue…au final, ce sont plus de 12 heures de récit que j’ai écoutées avec plaisir et attention. Une seule narratrice du début à la fin, au débit parfait et au timbre doux, le tout sans bruitages aucuns (à part pour les conversations téléphoniques, avec la voix qui passe comme à l’autre bout du fil).

Et pour les dialogues, lorsque l’interlocuteur est masculin, la voix féminine est comme descendue de quelques tons, de sorte que l’on sait tout de suite qu’il s’agit d’un homme. Cette simplicité m’a plue. Je crois que j’aurais détesté entendre dix voix différentes se donner la réplique (ce qui reviendrait à regarder Friends les yeux fermés).

(Pour vous faire une idée, voici un extrait du premier chapitre, à lire sur ordinateur. Vous excuserez la qualité de mon brave enregistreur. Audible se garde bien de rendre ses fichiers partageables…)

Certes, il y a quelques erreurs de lecture, de bafouillages ça et là, mais sans que cela ne perturbe vraiment l’écoute. Plutôt, ce sont les bruits de la rue, les annonces dans les gares et toutes ces nuisances sonores extérieures qui peuvent agacer (surtout lorsqu’on en est au passage crucial du roman). Ah, et la batterie, aussi. Mon téléphone se déchargeant assez rapidement lors de mes écoutes, j’ai fini par toujours emporter mon chargeur avec moi.

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Au final, j’ai trouvé l’expérience assez plaisante. Il y a un certain charme à entrer dans ce petit cocon de mots, à s’absorber pour une histoire qui nous est livrée presque sur un plateau, sans que l’on ait rien à faire d’autre qu’écouter. J’ai pu suivre du début à la fin, sans (presque jamais) me lasser de la voix, et en ayant le loisir de me construire les images qui me chantaient.

Pourtant, je ne dirais pas que l’expérience de « lecture » soit totalement similaire. L’audiobook nous impose évidemment une voix, que l’on associe immédiatement au personnage. Mais aussi ses intonations, ses trémolos, ses silences. Aurais-je lu cette scène de la même manière dans ma tête? Probablement pas. Je l’aurais pensée plus douce, plus irritée, ou plus hésitante. Ça finit par couper un peu les ailes de notre imagination.

En fait, c’est un peu comme si, dans l’immédiateté de l’écoute, les émotions que procure le texte n’avaient pas tout à fait le temps de nous atteindre. Car pas question de relire un passage, de s’attarder sur un mot, de laisser un sentiment se former: il passe et disparaît bien vite avec le flot des paroles. De sorte que je n’ai pas vu couler un flot de larmes comme le prédisaient les internautes, bien que plusieurs moments s’y soient prêtés.

Malgré tout, j’ai passé un bon moment. Et la clé réside sans doute dans le choix du livre: les audiobooks se prêtent bien aux romans légers, qui divertiront les curieux toujours on the go… et moins aux chefs d’oeuvre de la littérature, que vous apprécierez bien mieux dans le calme et la pérennité du papier.

Virginie