Ronger ses ongles: l’analyse

thumb_IMG_4052_1024

C’est ni joli, ni hygiénique, tout sauf élégant et franchement pas ragoûtant, mais c’est un fait : je ronge mes ongles. Rien qu’en écrivant cet article, cela risque d’ailleurs de m’arriver plus d’une fois. Sans vraiment réfléchir, je vais mettre une main à ma bouche comme un gamin de 2 ans et attaquer mes doigts, dans un ordre totalement aléatoire.

Cette méchante habitude doit remonter à mes 15-16 ans, avec des périodes plus ou moins intenses de « rongeage ». Et je ne m’en suis jamais vraiment cachée. De toute façon, ce serait difficile vu que je m’adonne à cette activité en présence de plus ou moins n’importe qui (sauf peut-être à un entretien d’embauche, quoique, je n’exclus pas). Beaucoup de ceux qui m’entourent connaissent donc cet aspect de moi, et ont pu admirer à maintes reprises mes oh-si-jolis ongles rongés, parfois à moitié vernis, ou carrément à vifs. Miam.

Honnêtement, avoir des ongles « normaux » n’a jamais été dans le top 3 de mes priorités existentielles. J’ai bien lu une fois dans un magazine féminin que c’était un total tue-l’amour, mais comme je ne compte pas vraiment plaire à quelqu’un grâce à l’état de ma french-manucure, je ne le vis pas trop mal.

thumb_IMG_4024_1024
Ce à quoi mes mains ressemblent bien trop souvent

Néanmoins, l’idée de ne pas maîtriser mes gestes et d’être « esclave » de cette habitude désagréable (pour moi et ceux qui me regardent) me dérange un peu plus. Parce qu’il s’agit réellement d’un tic, un truc compulsif, incontrôlable et bien souvent inconscient. Pour cette raison, j’ai voulu arrêter à plusieurs reprises. Et bien sûr, j’ai écumé le moteur-à-tout-faire Google pour des solutions.

Je vous le dis tout de suite, chers collègues rongeurs: je n’ai pas de remède miracle, et je crois bien qu’il n’existe pas. Bien sûr, il y a plusieurs choses qui peuvent aider (et qui m’ont aidé):

  • Appliquer sur (et autour!) de vos ongles du produit spécial au goût affreux, type Bite-ex, dispo dans toutes les pharmacies. Je vous garantis que vous reposerez vos mains vite fait bien fait, c’est immonde.

thumb_IMG_4029_1024

  • Voire entourer de sparadraps vos doigts les plus atteints, histoire de leur offrir quelques heures de répit (et vous donner un look de kickboxer…ou juste de cinglé)
  • Penser à tout ce que les doigts ont touché et que l’on va porter à sa bouche (mais comme je suis loin d’être une stressée des germes, perso, ça marche moyen)
  • Limer vos ongles dès qu’ils deviennent irréguliers, pour ne pas être tenté de ronger ce qui dépasse
  • Demander à vos amis de vous rappeler à l’ordre lorsqu’ils vous surprennent entrain de vous ronger les ongles (voir de donner une tape sur la main fautive)
  • Peindre vos ongles comme une Miss, genre couleur du tonnerre, topcoat et tout et tout. Ça donne moins envie de détruire le joli résultat et de gâcher ce fastidieux travail, surtout quand on est un manche comme moi (Hé!Le prochain article de notre contributrice Lauren vous dira tout sur le nail art!)
  • Voire investir dans ces lampes UV qui font des manucures semi-permanentes à la maison (le Striplac de la marque Alessandro, pour une centaine de francs à Manor, fonctionne plutôt bien). Là-dessous, l’ongle est plus difficile à attaquer.

thumb_IMG_4036_1024.jpg

Mais en réalité, c’est comme vouloir arrêter de fumer ou de boire des sodas: tous ces petits tips ne fonctionneront que si ça vient de vous, si vous avez une réelle motivation…qui, j’avoue, me fait encore un peu défaut, ce qui explique que j’ai toujours fini par rechuter.

Il n’empêche, je suis tombée sur l’article d’une ex-rongeuse qui conseillait de commencer par identifier les raisons de cette habitude. Pas évident…si la première chose qui vient à l’esprit est le stress, ce n’est en tout cas pas uniquement le cas chez moi. Parfois, je me ronge les ongles alors que je suis en vacances ou que je regarde un film, et que je n’ai aucune raison d’être angoissée.

Alors, pourquoi? Que nous dit la science? Elle (qui étiquette tout avec un soin presque maniaque) a donné au phénomène le doux nom d’onychophagie. Un Français sur trois en aurait déjà souffert, surtout les ados, et un peu plus les garçons que les filles.

post-2-0-72831500-1392251466
Nailarty.com

Par contre, niveau analyse des origines du mal, on ne s’est pas encore trop foulé. Les psychanalystes freudiens ont, sans surprise, évoqué un bloquage au fameux « stade oral » (la faute à une frustration lors de l’allaitement par exemple). Mouais. D’autres ont associé le geste à un sentiment d’hostilité envers soi-même, qui pousserait à s’auto-mutiler (carrément). Une étude canadienne, reprise dans le Huffington Post l’année dernière, affirme même que les « rongeurs » se distingueraient par un certain type de personnalité: des perfectionnistes, incapables de se relaxer et ainsi plus enclin à la frustration, à l’impatience…et à employer ce surplus d’énergie pour mâchouiller leurs phalanges.

J’y ai un peu réfléchi et je ne me retrouve pas vraiment dans ces portraits.  Sans vraiment pouvoir mettre un doigt (rongé) dessus, je pense que l’habitude doit provenir d’une sorte de « nervosité tranquille », qui fait que, sans pour autant me sentir stressée, je ressens toujours le besoin de faire quelque chose de mes mains (jouer avec mes stylos, me gratter le nez, me remettre une mèche en place…). La facilité du geste, mettre ses doigts à sa bouche (ben oui, on les a toujours sur soi), et la satisfaction primaire qu’il procure (enlever un truc qui dépasse), a sûrement aidé à l’ancrer dans mes habitudes inconscientes.

Reste à pouvoir m’en débarrasser. Au final, si je suis encore loin d’y être parvenue, je pense qu’être conscient de sa manie, de quand et de pourquoi on le fait (ou au moins essayer), c’est le début de la guérison. Je souhaite donc à tous les rongeurs compulsifs comme moi de la patience et une détermination du tonerre…et peut-être quelques sparadraps colorés, pour se motiver.

Virginie