La vingtaine…et sous pression

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Le week-end passé, j’ai fêté les 24 ans d’une amie de longue date. Ce sont toujours de bonnes soirées: on mange bien (beaucoup trop), on descend une bouteille de vin, on papote entre filles, on se remémore nos souvenirs de primaire…cette année n’était pas vraiment différente des précédentes. Il y avait juste une bougie de plus sur le gâteau au chocolat.

Sauf que…pas tout à fait. En l’observant souffler sur les petits bâtons de cire, en nous regardant toutes l’applaudir, j’ai réalisé: moi aussi, j’approche de ma demi-vingtaine. Et  je commence un peu à flipper. 

Je vois déjà venir la voix sage de l’aîné: « Mais tu n’as que 23 ans (et demi), tu es tellement jeune, c’est ridicule! » Eh bien je rappellerai à ladite voix que, uno, toutes les angoisses n’ont pas forcément besoin d’être rationnelles pour exister. Et que, deuxio, la mienne l’est parfaitement, rationnelle.

Attention, il ne s’agit pas d’une peur du style « Oh non, je vieillis! Badigeonnez-moi d’anti-cellulite! ». J’ai encore une once de foi en mon élasticité cutanée. Mais plutôt un genre de « Oh non, je devrais être en train de construire mon avenir et, honnêtement, je n’ai aucune idée de ce que je suis en train de faire ».

J’exagère à peine. Quand je pense qu’enfant, je considérais les gens de 23-24 ans comme des « grandes personnes »…et que je me regarde aujourd’hui: terrorisée de voir mes études se terminer et d’être jetée en pâture sur le marché du travail, sachant à peine remplir des déclarations d’impôts, ou me cuisiner des trucs élaborés, faisant encore mon shopping chez Primark, pensant à peine à mettre des sous de côté, ne planifiant que quelques semaines à l’avance et procrastinant comme je respire. Ça me ferait presque rire si ce n’était pas aussi navrant.

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Selon les psychologues, ce symptôme serait typique des jeunes de la génération Y (les 15-35 ans): en gros, des « Peter Pan » terrorisés par l’engagement, des ados éternels redoutant le passage à l’âge adulte, parce que narcissiques ou trop couvés par papa-maman.

Mais ce n’est pas tant de « grandir » en soi qui m’inquiète (quoique, j’espère pouvoir hurler de rire en regardant The Voice quelques années encore). Plutôt, c’est la crainte de ne pas bien le faire: de ne pas prendre les bonnes décisions, de louper le train en marche, de perdre mon temps dans des choses futiles alors que je laisse filer les opportunités et les années qui comptent, celles qui déterminent mon futur. Et de me retrouver une décennie plus tard, à 33 ans et des poussières, en songeant que je ne suis pas bien avancée, voire carrément mal barrée.

FILM  ' Bridget Jones: The Edge of Reason '  (2004)Picture show
Lifeinarcadia.com

On connaît tous Bridget Jones, cette célèbre trentenaire alcoolique, un peu hystérique, seule et complètement paumée. Autant dire que personne ne voudrait lui ressembler (même si elle finit avec Colin Firth à la fin). Si on pouvait plutôt se transformer en jeunes gens confiants, ambitieux et épanouis, tant qu’à faire…

Et il n’y pas que moi qui le ressente, ce malaise de la vingtaine. En anglais, on appelle  même cela la crise des « twenty-something ». Visiblement, un paquet d’entre eux se posent des questions existentielles, voire entrent en dépression. Alors que, ô ironie, on leur raconte qu’ils devraient être entrain de vivre « the time of their lives« .

C’est vrai qu’on est jeunes, qu’on a ni hypothèque ni leasing à rembourser, bref, l’insouciance, quoi. Mais pour ma part, et bien que le 21ème siècle se veule l’ère des libertés individuelles, je ressens encore cette sorte de pression sociale sournoise qui nous pousse à passer toutes les « étapes-clés de la vie », dans les temps et dans le bon ordre. Vous savez, cette drôle de liste étrangement immuable…qui pourrait ressembler à ça : profiter de sa jeunesse et faire quelques folies, se calmer un peu, finir ses études, décrocher un job stable et passionnant dans lequel on pourra monter les échelons, trouver la personne qui partagera sa vie, investir dans un logement sympa, fonder une petite famille avec qui on va ramasser des marrons le dimanche…

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Mirror.co.uk

(Une étude, reprise par le Mirror l’année dernière, révélait même la liste des « 25 milestones » que chacun souhaiterait accomplir dans sa vie, avec, tenez vous bien, l’âge idéal pour chaque évènement: premier baiser à 15 ans,  permis de conduire à 20, achat du premier appart à 27 ans, naissance du premier enfant à 28…)

Et à propos de premier enfant, il est particulièrement facile pour les femmes « twenty-something » de se mettre la pression. Parce que les photos des premiers mariages/bébés de leur promo sur Facebook ne manquent pas de leur rappeler que l’horloge (biologique) tourne. Lentement, mais sûrement. Dans cet article du Telegraph, l’auteure explique qu’inconsciemment, de nombreuses femmes veulent faire en sorte d’avoir tout accompli à 30 ans (d’être dans une position financière et amoureuse stable), pour être à même de fonder une famille le temps venu:

« Je ne sais même pas si je veux des enfants, mais je veux l’option d’en avoir. Il y a cette pression entre copines de dénicher un homme, sous peine de se retrouver sans personne de bien à la fin », explique l’interviewée.

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Pendant notre vingtaine, on attend donc de nous de jongler entre le désir de profiter de nos libertés (de sortir, voyager, flâner), un florilège de nouvelles responsabilités et cette pression de poser les briques de notre avenir sentimental et professionnel. Alors même qu’on nous répète qu’il n’y a pas de jobs (même pour les plus diplômés) et que tous les couples autour de nous se séparent (ou presque).

Alors on a presque envie de retourner quelques années en arrière, là où c’était moins compliqué, et de chanter le tube des Twenty One Pilots: « Wish we could turn back time, to the good old days, when our mamma sang us to sleep, but now we’re stressed out… »

Au final, peut-être devrait-on prendre ces moments de doutes comme quelque chose de positif. C’est bien la preuve qu’on a des ambitions pour soi, non? Qu’on est assez lucide pour voir que tout ne sera pas simple et que l’on voudrait faire au mieux. Et si on ne pourra vraisemblablement pas TOUT avoir, il est aussi bon de se souvenir qu’avec chaque période de défi viendra aussi son lot de petits bonheurs.

Commençons par éviter de se comparer perpétuellement au parcours de ses camarades, voire à celui de ses parents. Aussi cliché que cela puisse être, chacun sa route, chacun son chemin, et se répéter qu’on est un raté parce qu’on a 29 ans et toujours pas son premier appart’, c’est plus contreproductif qu’autre chose. Et savoir que l’on est pas le seul à passer par cette petite crise de la vingtaine, ça fait déjà du bien.

Enfin, entre nous, il paraît difficile de se retrouver coincé dans sa propre vie à 30 ans. Parce qu’il ne tient qu’à nous de prendre un virage à 180°, si l’on en ressent le besoin.

Ok, peut-être que c’était un peu irrationnel, après tout.

Virginie