Végétalienne pendant 7 jours

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« La violence commence par la fourchette », aurait un jour dit Gandhi. Le genre de phrase à déclamer alors que vous plantez ladite fourchette dans un gros steak saignant. Histoire de bien casser l’ambiance.

Je ne sais pas très bien quel régime alimentaire suivait le guide spirituel indien.  Peut-être aimait-il savourer un bon poulet masala de temps en temps, et en fait, ça le regarde. Il n’empêche que cette citation résonne particulièrement aujourd’hui, à l’heure où de plus en plus d’entre nous repensent leur façon de manger, et surtout de manger des animaux.

Au cours de cette dernière année, j’ai en effet eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnes ayant fait le choix de devenir végétaliens (petits témoignages de deux d’entre eux à lire à la fin de l’article). C’est-à-dire de supprimer de leur alimentation tout produit provenant de l’exploitation animale: la viande et le poisson, mais également les oeufs, le lait ou encore le miel.

Au départ, je ne comprenais pas la radicalité de cette décision: si l’on achète des oeufs bio ou de la crème provenant de fermes locales, n’est-ce pas là une preuve suffisante que les animaux sont bien traités? Et finalement, n’a-t-on pas toujours tiré nos ressources de ce que produisent les oiseaux ou les mammifères?

Les végétaliens, eux, sont cependant persuadés qu’il n’appartient pas à l’Homme d’utiliser l’animal pour sa propre satisfaction, et surtout pas version « Elevage de masse, batteries & co ».

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De mon côté, je me suis toujours rendue coupable d’une sorte d’hypocrisie alimentaire: un syndrôme selon lequel j’adore les cheeseburgers, mais je tournerais de l’oeil en mettant ne serait-ce qu’un orteil à l’abattoir. Je suis du genre qui aime sa viande en petits dés sous vide, histoire qu’on ne reconnaisse même plus que c’était un jour un truc à pattes et à poils (et à l’existence probablement courte et tristounette). Je n’en suis pas franchement fière, et me suis donc dit: « Et si j’arrêtais de me voiler la face, pour aller moi aussi au bout de mes idéaux? »

J’ai donc décidé de tester la philosophie végétalienne pendant une semaine (oui, une semaine ça paraît dérisoire, mais je vous assure que c’était déjà un sacré challenge pour la mangeuse insouciante que j’étais). La semaine étant à présent terminée, voici mon feedback.

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Jour 1, premier repas: salade + pâtes + sauce tomate maison un peu améliorée. Parfait, pas d’animal à l’horizon, sauf que…argh, cette fois le fromage devra passer à la trappe. Il faut savoir que je suis une grande adepte du parmesan sur mes penne (ce qui m’attire des regards moqueurs quand je saupoudre la moitié du Gran Panado dans mon assiette). Mais je repense aux petits veaux qu’on sépare de leurs mères, de la traite qui agresse les pis des vaches…et au final, ce n’est clairement pas mauvais sans, je sens même davantage la subtilité des oignons et des câpres. Radier le fromage, c’est super dur mais ça a aussi du bon: je me sentirai un peu plus légère à la fin du repas (et tout au long de ma semaine sans lactose).

Le lendemain, je sors de mon trou à l’occasion d’un repas avec des amies. Tiens, comment se dépatouille-t-on dans ce genre d’occasions quand on est « végan »? Je décide de les briefer tout de suite sur la nature de mon régime alimentaire. Elles pouffent un peu. Mais ces bonnes âmes prévoient quand même quelques sushis sans saumon et je n’ai qu’à retirer les crevettes de la salade. Comme quoi, il suffit juste de prévenir un peu à l’avance. Et ça a l’avantage de lancer des discussions intéressantes.

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Quant à moi, j’annonce que je leur concocterai un gâteau au chocolat végétalien. Je déniche une recette simple sur Internet : il suffit en gros de remplacer les œufs et le beurre par de l’huile d’olive et du bicarbonate. J’ai un peu la pression. Bon, qu’on se le dise, le résultat n’est pas grandiose (on sent trop l’huile et il n’est pas assez sucré); les moues des copines en disent long. Mais il ne se tient pas trop mal et ressemble à un vrai gâteau. La prochaine tentative, en rééquilibrant mieux les goûts, sera peut-être la bonne (mais il me faudra convaincre un public désormais un peu sceptique).

Et avec tout ça, qu’en est-il des carences, Virginie? Oui, parce que concrètement, c’est la première chose (ou presque) à laquelle on pense quand on aborde les régimes alimentaires. Je ne suis de loin pas une spécialiste, mais j’ai vite compris que lorsqu’on devient végétalien, le risque est de manquer de protéines. Or, on trouve des protéines dans des aliments comme les lentilles, les fèves, les pois chiches, mais aussi le soja et ses produits dérivés (comme le tofu), ou encore les fruits oléagineux (nom compliqué pour parler de noix, d’amandes etc).

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Se concocter un vrai plat « végan » équilibré s’est donc révélé moins cher et moins compliqué que prévu. Tout d’abord, j’ai découvert que nos supermarchés offraient une variété tout à fait honorable de « fake » comme je les appelle, à savoir des produits qui se prennent pour des steaks/nuggets/cordons bleus mais qui ne contiennent en réalité que des ingrédients végétaux (à la fois bluffants, puisqu’on sent à peine la différence après cuisson; à la fois un peu weird, quand on pense qu’ils tentent de mimer l’aspect d’un truc censé révolter les consommateurs en question).

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A la fin de ma semaine, et pour faire les choses bien, je me suis décidée à acheter du tofu pour la première fois de ma vie (je me suis sentie assez cool à la caisse, pour une raison qui m’échappe). Passé à la poêle, accompagné de légumes à la sauce soja et de quinoa (visiblement très en vogue chez les jeunes végétaliens, puisque présent dans 70% des recettes véganes de Marmiton), ça se défend. C’est même pas mal du tout. Et je suis assez fière de mon repas complet 100% produits-de-la-terre.

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Hors de la maison, c’est autre chose. « Le plus dur, c’est quand on est en ville et qu’on doit manger un truc sur le pouce », m’expliquait une jeune végétalienne vivant à Genève. C’est vrai, on ne se rend pas compte le nombre de sandwichs qui contiennent du beurre ou de la mayonnaise, par exemple! Et en Suisse romande, l’offre des cafés/restau végans n’est pas encore mirobolante (contrairement aux Etats-Unis par exemple, où ils fleurissent depuis plusieurs années et sont clairement branchés). On déniche tout de même pas mal d’endroits sympas au bout du lac qui proposent des produits ou plats bios, sans gluten et/ou végétaliens (tout cela va souvent ensemble). J’ai notamment pu goûter de délicieuses boulettes de pois-chiche avec salade d’algues (j’avoue avoir moins apprécié la tartelette à la poire, pas assez gourmande à mon goût). Sans oublier que les proprios sont souvent sympas et adorent parler de ce qu’ils font.

Bon, évidemment, il faut mettre le prix (presque 6 francs pour la tartelette en question). De petits plaisirs occasionnels donc, puisque le pain, la salade ou même les plats asiatiques à l’emporter (du genre riz sauté ou rouleaux d’été aux légumes) sont de chouettes alternatives économiques.

Pour les Genevois, j’ai pu découvrir:
  •  Aux Deux Portes (café-traiteur à la Servette, Rue Schaub 11, 1202 Genève)
  • Le café Cacahuète (café, rue de Lausanne 60, 1202 Genève)
  • Le Marché de Vie (boutique pleine de produits bio/végétaliens, Rue des Eaux-Vives 25, 1207 Genève)

Alors…?

Au final, je l’avoue, j’ai succombé à deux petits écarts au cours de cette semaine: une part de gâteau amoureusement préparé par Ellen (les pâtisseries, mon talon d’Achille), et un repas chez la grand-maman (soyons honnête, le végétalisme ça ne parle pas trop à sa génération #beurre&saucisson). De toute façon, et comme on me l’a rappelé, on ne devient pas végan du jour au lendemain. Les privations, ce n’est pas bon pour le moral, le tout est de trouver un équilibre et de se sentir bien avec soi-même.

D’ailleurs, à la fin de cette semaine, je ne suis pas convaincue de vouloir devenir végétalienne. Je pense que je n’y crois pas (encore?) assez fort au fond de moi pour arriver à opérer ce changement à 180°. Mais je me suis tout de même rendu compte que ce n’était pas aussi contraignant que je me l’étais imaginé. Les alternatives existent (le lait de riz est convenable et j’ai même découvert que certains biscuits, comme les Spéculoos, étaient 100% végétaliens!) et ne sont pas aussi chronophages que prévu. Evidemment, le plus dur étant encore de renoncer à certains classiques de son alimentation, que notre cerveau continue de réclamer à corps et à cris (et je pense que le plaisir de les manger reste pour moi un petit bonheur peu négligeable).

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Un autre type de biscuits végan…et délicieux!

Mais cette expérience à eu le mérite de m’inciter à diversifier mon alimentation, qui tournait souvent autour des mêmes aliments (de la viande, mais aussi au niveau des accompagnements). Il y a un tas de produits et recettes à expérimenter qui promettent de satisfaire le combo papilles-organisme…donc pourquoi les snober? (je pense au tofu, au quinoa ou aux lentilles, mais aussi à des trucs tout bêtes comme de l’avocat sur un toast avec des tomates cerises).

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Enfin, cette semaine en mode végan m’aura donné le réflexe de scruter un peu plus attentivement les étiquettes des produits et plats préparés que je fourre dans mon frigo.  A la base, pour y débusquer la moindre indication « contient des blancs d’oeuf« , puis ensuite simplement pour la curiosité de ce que j’allais ingérer. Ce qui, en soi, est une bonne habitude (à condition de ne pas devenir un(e) control-freak des calories, il n’y a rien de plus ennuyant).

Bon, vous l’aurez compris, ma fourchette est loin de recevoir le prix du « pacifisme » selon Gandhi. Mais c’est une fourchette un peu plus consciente de ce qui l’entoure. C’est déjà pas mal.

Virginie

Témoignages de (vrais) végétaliens:

  • Alexandra (étudiante en journalisme et communication)

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-Depuis quand es-tu végan et pourquoi as-tu pris cette décision?

Je suis végétarienne depuis toute petite (ma mère l’est également, j’ai été élevée au tofu et aux graines germées), et suis partiellement vegan (à la maison mais pas à l’extérieur) depuis une dizaine d’années. J’ai entamé ce virage vers le véganisme quand j’ai réalisé que la consommation de tous les produits animaux (et pas seulement leur chair) impliquent de faire souffrir et/ou de tuer des animaux.

– Comment se sont passés tes premiers temps en végan? Qu’est-ce qui a été le plus difficile?

La transition a coïncidé avec le départ de chez mes parents, donc ça n’a pas été très compliqué. J’ai juste remplacé les produits laitiers par des versions végétales et arrêté les oeufs. Le plus dur pour moi, c’est de respecter ces principes à l’extérieur, mais j’espère y arriver un jour!

– Comment ont réagi tes proches?

A l’époque, la plupart des gens trouvaient ça extrême, et même mon père m’a traitée d' »Ayatollah ». Aujourd’hui, le véganisme et les arguments qui le soutiennent sont mieux connus, donc c’est plus facile d’en parler.

– Quel est « le » plat que tu te fais souvent?

Hum j’avoue que je ne suis pas une grande cuisinière, je mange pas mal de trucs déjà préparés comme des nuggets et des burgers vegan (qu’on trouve facilement dans tous les supermarchés) avec des grosses salades où je mets tout ce que je trouve dans mon frigo. En ce moment j’aime bien aussi fabriquer des hummus alternatifs avec différentes légumineuses à la place des pois chiches et des ingrédients impromptus, comme des betteraves ou des petits pois. Et si j’ai un élan de motivation, je cuisine une recette de ce site: www.100-vegetal.com. C’est toujours sublimissime.

– Qu’est-ce que ça signifie, pour toi, d’être végétalien? 

Pour moi c’est juste une affaire de cohérence avec mes valeurs. J’ai envie que les autres (humains, animaux, n’importe quoi qui ait la capacité de ressentir) se sentent bien, donc j’essaie de faire des choix de vie qui vont dans ce sens.


  • Jérémie (étudiant en physique)

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– Depuis quand es-tu végan et pourquoi as-tu pris cette décision?

Plus ou moins depuis juillet 2013 (ça c’est fait progressivement). La raison principale, ce sont les animaux. Et aussi car j’ai vu un stand en ville, et ensuite je me suis renseigné sur le net, dans les livres…

– Comment se sont passés tes premiers temps en végan?

Au début, je n’osais pas le dire car tout le monde me « faisait chier » ; ça a duré bien une année je pense. L’aliment le plus dur à supprimer, c’est le fromage. Ensuite, pour trouver des restos ou des nouvelles recettes, ça c’est fait plutôt facilement

– Comment ont réagi tes proches?

Il y a eu pas mal de réactions pénibles que je n’aurais pas attendues. Les gens ne me prenaient pas au sérieux ou se « moquaient » « gentiment », mais c’était très énervant. Et puis ça s’est estompé quand 1) j’ai commencé à trouver des trucs à répondre 2) les gens ont vu que c’était pas une lubie passagère

-Quel est « le » plat que tu te fais souvent?

Des falafels et du humus, de l’avocat, du guacamole et du quinoa.

– Qu’est-ce que ça signifie, pour toi, d’être végétalien?

 Je sais pas trop… quelque chose qui va de soi on va dire!