Euro 2016: Ces femmes fans de foot

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« Chéri, on sort ce soir? »« Non, chérie, il y a le match! » Ah, ce petit syntagme prononcé avec tant d’innocence, tant de candeur, mais qui est en réalité un ordre des plus fermes: « Il-y-a-le-match. » Traduction: « Quoi que tu fasses, qu’il pleuve ou qu’il vente, j’aurai le derrière cloué au canapé, une bière fraîche dans une main et la télécommande dans l’autre. » En gros, interdiction de suggérer, même dans un murmure, une quelconque envie de regarder les « Reines du shopping… »

Un père, deux frères, et des amis footeux plus tard, je connais bien ce genre de situation. Sauf que je décline le verbe « supporter » bien différemment que l’on croirait: passée de victime à supportrice, ma vision a complètement changé. Je n’avais jamais été une fan inconditionnelle, j’avoue, mais depuis une année ou deux, je comprends tout cet engouement. Le foot, c’est un moment privilégié, unique, une bulle infracassable dans laquelle les soubresauts de compétitivité et la fierté combattive ont l’entière permission de jaillir. Tous les espoirs se tournent vers cette possible victoire encore entièrement envisageable, les joueurs déambulent sur le stade comme de vieux amis d’enfance que l’on connaît déjà si bien. On leur hurle dessus, naïvement persuadés qu’ils nous entendent. Les règles, le décor, les acteurs, tout nous est familier. On sait exactement ce qui doit se passer et certains experts se permettent même quelques pronostics plus ou moins précis. Et puis chacun a bien sûr, son préféré. Qu’il s’agisse d’un joueur, d’une équipe ou des deux, un but de ces derniers provoque une joie rugissante… alors qu’une défaite provoque momentanément un désespoir exagéré. Relativiser, en un tel instant, semble simplement ridicule; pourquoi se rappeler qu’il ne s’agit que d’un ballon? Cela ne ferait que briser la magie (et puis d’ailleurs, ce n’est pas qu’un ballon!) Soucis, responsabilités et autres fragments de la réalité s’évaporent le temps de 90 minutes.

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Mais bon, je ne suis après tout qu’une femme, n’est-ce pas? Et en tant que femme, je connais uniquement l’expérience d’une soirée pendant laquelle tous les regards sont braqués sur la télévision et où le moindre bruit est royalement ignoré ou bruyamment scandé. Car les femmes, c’est bien connu, n’aiment pas le foot, ne comprennent pas le foot, râlent sans cesse lorsque passe un match de foot… N’est-ce pas…?

Un immense cliché

Et si je vous disais plutôt que ce n’est absolument pas vrai? Si je vous disais que je n’avais pas raté un seul match depuis le début de l’Euro, que chaque but me rend euphorique et que je possède non pas un mais bien plusieurs accessoires (plutôt excentriques, d’ailleurs) aux couleurs de l’équipe que je soutiens?

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Les fans de foot féminins sont plus rares, il est vrai. Mais elles existent. J’ai souvent entendu des hommes décrire leur idée de la femme parfaite comme friande (ou du moins tolérante) de leur sport préféré, avant de pousser un soupir de découragement. Mais la footeuse est loin d’être un spécimen si rare. (Et je parle évidemment de celles qui aiment le sport en lui-même, et non pas celles qui se contentent de fantasmer sur les abdomiaux de Cristiano.)

Comme les scientifiques obsédés par l’espoir de prouver l’existence du Dodo ou du monstre du Loch Ness, il a fallu se lancer à la recherche de la footeuse. Et en moins d’une demi-heure, j’en avais déjà trouvé deux… La preuve que des footeuses, il en court à peu près partout.

Sarah et Eva sont deux véritables supportrices; la première regarde religieusement tous les matchs, et la seconde tape elle-même dans le ballon dès qu’elle en a l’occasion.

Témoignage de Sarah, qui ne manque aucun match

Souvent, lors de discussions avec des amis, je me rends compte que je suis beaucoup plus au fait qu’eux et que cela semble les surprendre!

« Je vais peut être vous surprendre, mais je suis une femme et… eh oui, j’aime le foot ! En fait ce n’est pas que j’aime le foot, c’est que j’adore ce sport. Je ne rate pas un match des équipes que je soutiens, mais je ne suis pas non plus près de manquer un match de qualité, une finale de Champions League par exemple, indépendamment de la présence de l’un de mes clubs favoris. Depuis que je suis toute petite, ce sport m’attire. Je trouve que d’année en année la qualité de jeu s’améliore, tout particulièrement en Europe, tant au niveau national que dans les clubs, et que l’on voit de plus en plus souvent des équipes inattendues créer la surprise (rappelons-nous de l’outsider Leicester qui a remporté tout récemment la première ligue !) Je trouve dommage que le foot soit un sport associé majoritairement aux hommes. Bien souvent, lors de discussions avec des amis, je me rends compte que je suis beaucoup plus au fait qu’eux et que cela semble les surprendre.

Je lis souvent des publicités adressées aux femmes qui doivent supporter leurs maris ou leurs compagnons durant cet Euro… eh bien je peux vous dire que pour ma part c’est mon copain qui subit mes commentaires, mes éclats et parfois, je l’avoue, mes nerfs! Il n’y a pas de genre associé à un sport en particulier. Si vous en doutez, messieurs, je vous attends au tournant pour m’affronter autour d’un questionnaire footballistique. Et mesdames qui aimez ce merveilleux sport et l’ambiance incroyable qu’il y a autour, sachez que nous sommes de plus en plus nombreuses et que nous pouvons aisément balayer ce cliché, encore bien trop présent dans notre société. J’aime le foot, j’aime boire de la bière devant et aller dans des rassemblements de supporters crier ma joie et mon amour de ce sport. »

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Témoignage d’Eva, capitaine d’une équipe

Après tout, ce n’est qu’un jeu de balle en équipe qui plaît énormément, mais pourquoi les hommes seraient-ils plus aptes à jouer que les femmes ?

« Ce que j’aime dans le football c’est que ce n’est pas juste un sport physique qui exige d’être le meilleur dans un certain domaine de technicité, mais que c’est un sport d’équipe où chacun a un rôle bien précis et chacun compte sur l’autre. Des liens très forts se créent sur le terrain et meme en dehors.

Le football est un sport qui permet d’oublier tout ce qui se passe dans notre vie et de se concentrer uniquement sur la balle pendant quelques instants. Ce sport me permet de me défouler sans compter et de donner le meilleur de moi même. Après un match je ressens vraiment cette dose d’endorphines et cette joie intense qui souvent justifient la comparaison du sport à une drogue. Lorsque que je joue, plus rien d’autre ne compte, je me sens heureuse et accomplie !

Le football a aussi une autre dimension pour moi; celle du combat pour l’égalité homme-femme. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de voir mon équipe se faire insulter par un groupe de garçons convaincus que le foot n’est pas pour les femmes et clamant qu’on leur vole leur terrain. Parfois même, cela finit en dispute… Ce genre d’événement me révolte; quand je vois une joueuse pro jouer bien mieux que la majorité des joueurs masculins, je ne comprends pas cette discrimination. Qu’il s’agisse de regarder le foot à la télévision ou de le pratiquer, toute discrimination homme femme me semble complètement injustifiée. Après tout, ce n’est qu’un jeu de balle en équipe qui donne beaucoup d’espIMG_3756oir et qui plaît énormément, mais pourquoi les hommes seraient-ils plus aptes à jouer que les femmes? Aujourd’hui je joue dans une ligue mixte: cela signifie que les choses bougent et qu’ensemble on peut vivre une passion et se battre pour nos droits. »

Messeurs, vous voilà rassurés. Non seulement il existe des femmes fans de Football, certaines s’y connaissent tout autant que vous et d’autres y jouent avec tout autant de vigueur. Oui, la footeuse existe ! D’ailleurs, j’attends déjà avec impatience le prochain match de mon équipe préférée (et je pense que vous avez déjà dû deviner de laquelle il s’agit… #GoRedDevils!)

Ellen