Tom Odell: comme un goût de champagne

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Pour beaucoup, Tom Odell, c’est d’abord cette voix douce qui susurrait le refrain « On another love, another love, all my tears have been used up », ce fameux tube de l’été 2013. Pour les Anglais, c’est un jeune prodige qui fait la fierté nationale. Pour ma soeur, c’est juste un type androgyne avec une coupe de cheveux super moche.

Moi, j’adhère. J’adhère au personnage, d’abord. Le look faussement négligé, pantalon slim, chemise ouverte et blouson, sans oublier la mèche dirty-blond dans les yeux. Un poil prétentieux mais carrément charmant. Il a le style british et la classe qui va avec, le regard mystérieux et l’oeil artistique aussi (voir ses photos Instagram en mode vintage qui en jettent. Récemment, il a même posé avec des petits pingouins sud-africains).

Mais non, bien sûr qu’il n’y a pas que ça. Ce que j’aime bien, chez Tom Odell, c’est que le piano, c’est son truc. Il martèle les touches avec l’énergie et l’aisance d’un petit virtuose à qui on aurait filé des amphétamines. Et ses arabesques au clavier, il les accompagne d’une voix claire et sans artifices (une simplicité que j’ai tendance à préférer à trop d’ornements). Sans oublier la rondeur de son accent du sud de l’Angleterre qui ne gâche rien.

tomodell redbrick.be
redbrick.be

Son premier album, Long Way Down, était construit autour de ce duo piano-voix, alternant ballades douces à tendance larmoyante (mais pour la plupart émouvantes, à l’instar de Senseet morceaux plus jazzy, presque rageurs (voir Can’t Pretend). J’étais conquise.

Depuis la fin de sa tournée, no news good news, Tom Odell s’était fait plutôt discret. A part une apparition au défilé Burberry (cf. la classe anglaise mentionnée ci-dessus) et quelques concerts par-ci par-là (dont un en plein milieu de la patinoire de Malley, à Lausanne, avec Stéphane Lambiel aux double-lutz. Oui, j’y étais, même si j’ai dû supporter Nelly Furtado pendant toute l’heure qui a suivi). Mais tchin-tchin! Le 11 juin dernier, trois ans après, Tom Odell annonçait la sortie de sa deuxième cuvée, Wrong Crowd.

Le jeune homme a pris son temps, mais en général, c’est plutôt bon signe. Preuve qu’il a résisté aux pressions de l’industrie, celle qui a la fâcheuse tendance à pousser ses poulains à produire, produire, produire tant qu’il est encore possible de surfer sur la vague du succès (un peu comme les Frero Delavega et leurs deux albums en deux ans, je dis ça…). J’étais donc plutôt pressée de découvrir ce que le musicien nous avait concocté, et curieuse de voir si l’effet Odell allait opérer une seconde fois.

Et ça a commencé avec la découverte du premier single: l’éponyme « Wrong Crowd » est de ces morceaux qu’on apprécie au fil des écoutes. Si à priori je n’étais pas emballée, la sauce à tout de même pris assez vite et même ma soeur en fera son fond sonore de révisions. Si « Wrong Crowd » n’a pas la force virale de « Another Love » (et c’est peut-être mieux comme ça, ça évitera qu’il nous sorte par les oreilles à force d’être diffusé toutes les 10 minutes), il offre tout de même un refrain assez solide.

Musicalement, on est loin des envolées romantiques de ses débuts. On retrouve le piano groovy et les classiques harmonies vocales (qui me ravissent), mais les riffs de guitare et les variations électroniques apportent un petit côté rétro différent et pas désagréable. Quant aux paroles, elles sont simplistes (« Je ne peux rien y faire, je ne sais pas comment, j’imagine que j’aurai toujours de mauvaises fréquentations ») et, lâchées avec une sorte de fatalisme désabusé, contrastent avec le sifflotement entêtant qui suit. Le mélange ferait presque sourire.

theassemblyrooms
Theassemblyrooms

Comme le clip, d’ailleurs, où Tom Odell se retrouve à se déhancher dans une boîte de nuit douteuse au milieu d’une foule d’énergumènes, bouteilles de champagne à la main. Champagne dont il se fait allègrement arroser, pour notre plus grand plaisir, bien que l’arrière-goût se veuille un peu amer:

« Il y a souvent des fêtes dans les clips vidéos, et celle-ci est un peu différente. C’est un peu tordu, noir. Le personnage ne veut pas être là mais ne peut faire autrement. Il y a cette question de l’addiction, de l’auto-destruction. J’ai moi-même été dans des endroits sombres où je ne veux pas retourner. » (Tom Odell, interview pour la chaîne suisse allemande Joiz TV)

Le reste de l’album est un peu à l’image de cette champaign shower: un mélange assez surprenant et légèrement chaotique. Tom Odell a visiblement tenté de se renouveler, de varier les genres et les plaisirs, et c’est tout à son honneur. Parfois, ça fonctionne, comme sur « Daddy« , où Tom (oui, nous sommes intimes) a misé sur des accents rock, jusqu’à m’évoquer Muse lorsque ceux-ci reprenaient « Feeling Good » de Nina Simone. D’autres fois, le résultat est un peu plus…déroutant. Le titre « Silhouette« , par exemple, ferait presque penser à du ABBA, et pas dans le bon sens du terme.

Pour certains critiques musicaux, Tom Odell se serait même un peu perdu en route, en s’appropriant le style d’autres artistes. Notamment celui de Chris Martin sur « Magnetised » (ci-dessus), un morceau qui, il est vrai, évoque légèrement Coldplay et se révèle plus électro-pop que transcendant. Quelconque, sans être scandaleusement mauvais.

Mais Tom Odell a aussi tenté de se la jouer sexy. Et il faut l’avouer, il maîtrise assez bien le registre. Le dernier single en date, « Concrete », envoie du lourd. Déjà, dans la chanson, Tom Odell explique à une demoiselle que ça ne le dérangerait pas le moins du monde de dormir en sa compagnie sur un lit en béton (sans Moët & Chandon cette fois). On voit bien où il veut en venir. Un rythme langoureux, des aigus bien placés, combinés à ses regards de feu à la caméra…bref, on peut dire que c’est efficace.

hudba.sk
hudba.sk

Wrong Crowd est, à mon sens, un album un peu éclectique et inégal. Mais audacieux et frontal aussi. Tom Odell n’a pas hésité à sabrer la bouteille, quoi. « Les chansons sont moins introverties, plus masculines. Cet album est plus riche musicalement« , confiait-il d’ailleurs à un journaliste. Et si notre dandy britannique expérimente, on retrouve tout de même son âme de pianoman sur plusieurs titres, presque à mon soulagement (j’aime bien le changement, mais pas trop). Un résultat qui, sans faire tourner la tête, pétille plus que prévu. On n’hésitera pas à s’en resservir un verre.

Mes highlights de l’album:

Mystery: pour son inspirante apologie du présent

« I’m twenty-four, I’m pretty sure I’ll love you when I’m eighty. But who wants to see that far? »

She don’t belong to me: pour son refrain entêtant et le piano qui s’envole sur la fin

« My wander it could be. Like a feather blowing in the wind, she don’t belong to me. »

Sparrow: pour la sobriété du mix clavier-percussions et la poésie de cette berceuse à l’oiseau

« Sing, sparrow sing, sing away the pain. When you get to the bones of it, we are just the same. »

Et pour ceux qui voudraient aller admirer le bel Anglais se tordre sur son tabouret en balançant sa tête comme un forcené (#truestory), il sera en concert à Winterthur le 27 août prochain dans le cadre des Musikfestwochen aux côtés de Daughter. Une plutôt « cool crowd », en l’occurence.

Virginie